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 Soigner ou tuer ?

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Féminin Messages : 18803

MessageSujet: Soigner ou tuer ?   03.03.12 9:52

28 février 2012 17h00Partager7.Euthanasie : faut-il étendre les possibilités d’y recourir ?

Manifestation hostile à la légalisation de l'euthanasie, près du Sénat en janvier 2011. © REUTERS.

La question s'est invitée dans le débat de la présidentielle et les candidats prennent position. Problème à la fois médical et philosophique, l'euthanasie est encadrée par la loi. Mais celle-ci semble mal comprise et mal appliquée.
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Dans l’interview accordé au Figaro Magazine du 11 février, Nicolas Sarkozy déclarait "L’euthanasie légalisée risquerait de nous entraîner vers des débordements dangereux et serait contraire à notre conception de la dignité de l’être humain."

Le président-candidat abordait cette question très sensible de l'euthanasie, dans le cadre de la stratégie de mise en avant des "valeurs" qu'il incarne. Mais au delà de cette logique politique, l’euthanasie reste un sujet très clivant dans la société française.

1. La loi distingue euthanasie active et euthanasie passive
L’euthanasie désigne le fait de provoquer ou de hâter la mort d'un malade, afin d’abréger ses souffrances. On en distingue deux formes :

L’euthanasie active consiste pour une personne tiers à effectuer un geste qui donne la mort à la personne souffrante.
L’euthanasie passive désigne la suspension d’un traitement nécessaire à la vie, qui conduit indirectement à la mort. Elle peut consister, par exemple, à débrancher un appareil respiratoire qui maintient artificiellement une personne en vie ou à arrêter de l'alimenter et de l'hydrater.
Selon les pays, l'euthanasie est encadrée différemment : si certains autorisent les deux formes (la Belgique, par exemple), d’autres les interdisent toutes les deux (on peut citer la Pologne ou l’Irlande) ou n'autorisent que l'euthanasie passive.

La France se situe dans cette dernière situation : la loi Leonetti du 22 avril 2005 (du nom de son rapporteur, le député Jean Leonetti) autorise l’euthanasie passive, mais proscrit l’euthanasie active.

Cette loi interdit "l'obstination déraisonnable" du corps médical et la "prolongation artificielle de la vie". En clair, elle tente de lutter contre l’acharnement thérapeutique sans légaliser l’euthanasie "active".

2. Pour ou contre, deux philosophies face à face
Selon les partisans de la légalisation de l’euthanasie active, chaque malade devrait avoir le droit à une assistance pour abréger ses souffrances et terminer sa vie dans la dignité.

Le programme de François Hollande semble pencher dans ce sens, tout en prenant des précautions :

"Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité."

Une définition de la dignité à laquelle s'oppose Tugdual Derville, secrétaire général délégué général de l’Alliance VITA, association fondée par Christine Boutin qui défend le "droit à la vie" :

"Cette formule utilise le mot dignité dans son acception restrictive, laissant entendre que tuer peut être un geste d’assistance, une façon d’éviter l’indignité. C’est particulièrement pernicieux. Jamais aucun patient n’est indigne, indigne d’être soigné ou aimé."

Conséquence de ce raisonnement : toute euthanasie constitue un meurtre, et devrait donc être interdite. À la place, il faudrait mettre en place une politique d’accompagnement des personnes âgées et souffrantes, afin que celles-ci ne se sentent pas rejetées par la société.

Pour des raisons moins idéologiques, l’ancien ministre de la Santé Claude Evin et le directeur de l'unité de neuro-réanimation chirurgicale de la Pitié-Salpétrière, Louis Puybasset, prennent position contre l'euthanasie active et donc pour le maintien du cadre législatif actuel :

"Se prononcer en faveur de l'euthanasie consiste désormais à vouloir légaliser l'injection létale de barbituriques et de curares. Il s'agit en pratique d'exiger du personnel soignant qu'il donne activement la mort, c'est-à-dire qu'il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance" écrivent-ils dans une tribune au journal Le Monde. "C'est en réalité un geste d'une grande violence qui n'apaise pas la fin de vie des patients et de leurs proches mais qui, au contraire, multiplie les deuils pathologiques et génère une division des équipes soignantes", ajoutent-ils.
3. Appliquer la loi Leonetti : un problème de moyens et de culture
Toutefois, même pour les partisans du statu quo législatif -du côté des candidats à la présidentielle, c'est notamment le cas de François Bayrou- un problème subsiste : la loi Leonetti ne serait qu’imparfaitement connue et appliquée par les médecins. L'accès aux soins palliatifs (c'est-à-dire tous les soins visant à soulager une personne atteinte d'une maladie incurable ou potentiellement mortelle) reste très limité.

C’est le constat que tire le premier rapport de l’Observatoire nationale de la fin de vie, rendu public le 15 février 2012 : alors que 322 000 personnes hospitalisées nécessitent chaque année des soins palliatifs, seul un tiers d'entre elles en bénéficient. Le rapport conclut ainsi :

"Si nous voulons garantir l'accès à des soins palliatifs de qualité à toutes les personnes qui en ont besoin, il est impératif de faire évoluer la culture médicale et les pratiques des professionnels non-spécialisés en soins palliatifs."

Ce constat n’est pas nouveau. En mars 2008, la psychologue Marie de Hennezel rendait un rapport intitulé La France palliative, dans lequel elle affirmait :

"Les moyens de mettre en œuvre la démarche palliative ne sont pas donnés aux services dans lesquels des lits de soins palliatifs ont été identifiés et cette culture [des soins palliatifs] a du mal à s’installer. Le champ des soins palliatifs est mal connu ou incompris, surtout des médecins".

Marie de Hennezel a d’ailleurs démissionné de l’Observatoire national de la fin de vie, en estimant que le rapport de cet organisme serait inutile. Elle explique sa position dans Le Monde du 17 février :

"À l'heure où les candidats à l'élection présidentielle devront se positionner vis-à-vis du souhait de certains de légiférer sur l'euthanasie, je voudrais dire ceci : commencez par faire appliquer la loi qui existe ! Ensuite engagez une réflexion citoyenne autour des rares situations qui ne peuvent être résolues dans ce cadre."

Il s'agirait donc, au moins dans un premier temps, d'investir pour former les médecins et faire appliquer la loi Leonetti, avant de penser à faire voter une nouvelle loi.
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Féminin Messages : 18803

MessageSujet: Re: Soigner ou tuer ?   03.08.12 0:51

Soigner ou tuer???le problème est d'abord dans notre tête,c'est une question de mentalité,de culture,de philosophie.Il faudrait apprendre à voir les choses autrement.Je peux choisir de ne pas me soigner,je ne me tue pas pour autant.Par ailleurs,les soins peuvent réellement tuer(certaines interactions médicamenteuses,des erreurs involontaires des professionnels de santé..).On exagère les choses.En fin de vie,'tuer " un mourant est sans signification ou c'est permis puisqu'on peut le laisser mourir,on le tue forcément quelque part si on ne l'empêche pas de mourir,on le tue déjà un peu.Peut-on tuer un mourant,non pas au niveau du droit,mais est-ce que cela signifie quelque chose d'ôter la vie à quelqu'un qui perd de manière irréversible la vie en lui?On ne peut pas lui ôter la vie puisqu'il la perd naturellement...La nature lui ôte la vie,mais pas nous.C'est naturel de mourir en fin de vie,c'est inévitable,cela ne peut pas être autrement..Mais à cause de la réanimation,on s'est acharné et on s'est cru..immortel.Alors la notion de la mort naturelle a disparu de notre culture.Entre un coma artificiel ou une piqûre,en fin de vie,est-ce que la différence est si énorme que çà philosophiquement parlant???L'agonie naturelle n"existera plus jamais à l'hosto de toute façon !La mort est médicalisée.Alors autant qu'elle soit dite,ce sera plus clair....Le problème n'est-il pas dans le rapport entre le docteur et le mourant ???Si le patient demande,cela ne peut pas être un meurtre,cela va de soi.Le patient a-t-il le droit de faire cette demande en tant que patient?C'est à la société de lui octroyer ce droit???De toute façon,on ne pourra jamais en fin de vie l'empêcher de mourir !..
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Féminin Messages : 18803

MessageSujet: Re: Soigner ou tuer ?   29.12.12 10:54

Mais qui donnera la mort ?

LE MONDE | 13.12.2012 à 16h44• Mis à jour le 14.12.2012 à 11h19Par Vianney Mourman, médecin responsable de l'équipe de soins palliatifs à l'hôpital Lariboisière (Paris)

b]Je suis médecin en soins palliatifs dans un grand hôpital parisien. Je suis tous les jours en relation avec des patients en fin de vie. A quelques jours de la remise du rapport sur la fin de vie demandé, par saisine du président de la République, au professeur Didier Sicard, je m'interroge sur ce qui paraît inéluctable à plus ou moins court terme : la légalisation de l'euthanasie. Cette idée est confortée par les sondages qui estiment à 92 % la proportion de Français favorables à cette légalisation.[/b]


Au quotidien, je suis confronté aux souffrances des patients. Ils s'interrogent sur le sens de leur vie, de leur maladie et aussi sur ce qu'ils sont en train de vivre du fait de leur état de santé vacillant et de la confrontation avec leur finitude. Parmi ces patients, la plupart demandent à vivre, à gagner du temps. Ce temps qui leur est volé par la maladie et par ces souffrances qui les empêchent de le vivre.

D'autres, peu nombreux, demandent à mourir. Se pose pour moi le sens de leur demande : ne plus vivre comme ça, ne plus y trouver de sens, être dans l'appréhension de la souffrance, de la déchéance physique, de l'incapacité des médecins à trouver la juste mesure dans les traitements. Je l'entends comme un appel au secours qui justifie que tous les moyens soient mis en place pour atténuer leurs souffrances et ces moyens correspondent à ce que proposent les soins palliatifs.

Parfois, malgré cela, la demande de mort persiste et justifie d'être entendue. C'est dans ce cadre que serait justifiée l'euthanasie. Que serait l'euthanasie ? Donner la mort au patient, à sa demande ? Cela paraît simple... Et quelles en seraient les attentes ? Une bonne mort ? Une mort sans symptômes ? Vision idéaliste... Mourir, que ce soit programmé, désiré ou subi, restera un moment difficile, inacceptable.

Donner la mort est d'un autre domaine. Cela va contre le serment d'Hippocrate que j'ai prêté et le code de déontologie auquel je me suis soumis et auquel j'adhère. Cela renvoie à passer outre un interdit fondateur de notre société. Celle-ci peut-elle octroyer le droit de donner la mort ? Les chiffres publiés par l'Institut national d'études démographiques et l'Observatoire de la fin de vie montrent que la demande de mort est rare en fin de vie.

Qui, des 92 % des Français souhaitant la légalisation de l'euthanasie, connaît la loi Leonetti relative à la fin de vie, ce qu'elle apporte comme solution pour le soulagement de ces souffrances ? Qui, parmi eux, a déjà réfléchi à ce qu'est une obstination déraisonnable ? Qui sait que la loi nous autorise et nous incite à soulager le patient en fin de vie quelles qu'en soient les conséquences en termes de risque d'abrégement de la vie ? Qui, encore, sait que le droit, pour tout patient dont l'état le requiert, à avoir accès aux soins palliatifs est bafoué à cause du manque de moyens et de formation ? Cette loi est méconnue et, de ce fait, peu ou pas appliquée ; pourtant, elle apporte des solutions aux situations extrêmes rencontrées par les patients.

UN DÉSIR SOCIÉTAL

Si la société autorise l'euthanasie, qui en sera le bras armé ? Le médecin ? Les professionnels de santé ont choisi leur métier dans un espoir de guérir, de protéger la vie, et il leur reviendrait de l'abréger ? Cela me paraît contradictoire. Pourquoi, puisque c'est un désir sociétal, ne pas demander aux membres de cette société d'y participer ? Pourquoi ne pas demander à chacun d'entre nous au nom de qui ce droit serait donné de participer à cet acte d'euthanasie ? Un citoyen tiré au sort, par exemple. Il devrait assumer la réalité et la responsabilité de l'acte qu'il a autorisé et non pas le déléguer à l'autre, le professionnel.

Il me semble que le débat sur une légalisation de l'euthanasie est prématuré. Il introduirait un fort risque de déstabiliser notre collectivité en donnant un pouvoir de vie et de mort à l'un des siens. La première urgence, pour moi, consiste à donner des moyens pour améliorer la fin de vie en affirmant une volonté de notre société de soulager les souffrances.
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