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 L'euthanasie mise en pratique

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MessageSujet: L'euthanasie mise en pratique   28.06.12 0:02

Un "kit euthanasie" dans les pharmacies belges


Par M. D. avec AFP, le
18 avril 2005 à 17h35 , mis à jour le
18 avril 2005 à 18h30

La loi belge permet aux généralistes de pratiquer l'euthanasie au domicile du malade. Un kit spécial, contenant les produits adéquats, est disponible dans 250 pharmacies du pays.






Les médecins généralistes belges qui veulent pratiquer une euthanasie au domicile d'un patient peuvent se procurer dans 250 pharmacies du pays un "kit" contenant les produits et les matériels d'injection nécessaires, ont rapporté les média belges. Les praticiens doivent passer eux-mêmes commande à une des pharmacies qui diffuse le kit et peuvent le retirer dans les 24 heures, selon la chaîne de télévision RTL-TVi. Les médecins de famille éprouvaient jusqu'à présent des difficultés à pratiquer l'euthanasie à domicile dans des conditions correctes car les produits nécessaires n'étaient pas disponibles partout et ils ne savaient pas toujours quels produits et quels dosages commander, a souligné la chaîne.
Penthotal et Norcuron
Le kit, qui coûte 45 euros non remboursés par la sécurité sociale belge, comprend notamment du Penthotal, "un puissant hypnotique utilisé dans les anesthésies", et du Norcuron, "un neuromusculaire normalement utilisé pour les anesthésies en milieu hospitalier", a précisé de son côté La Libre Belgique. Selon un pharmacien interrogé par le quotidien, le premier médicament "provoque la mort rapidement" dans 90% des cas tandis que le second constitue "un moyen de secours, pour finaliser l’acte euthanasique". Le médecin est tenu de rapporter à la pharmacie les doses de médicaments excédentaires, compte tenu de leur dangerosité.
Dans son premier rapport, la commission fédérale d’évaluation de la loi sur l’euthanasie a relevé "certaines difficultés", a noté La Libre Belgique. Les médecins ont du mal à "répondre à la demande" des patients pour une euthanasie à domicile. Quant aux pharmacies, elles connaissent "parfois des problèmes d’approvisionnements", ces médicaments étant jusqu’à lors livrés aux hôpitaux seulement.



Quatre euthanasies sur dix pratiquées au domicile
En septembre 2002, la Belgique est devenue le deuxième pays au monde, après les Pays-Bas, à dépénaliser partiellement l'euthanasie. La loi encadre toutefois strictement la pratique qui ne peut avoir lieu que si le patient est affligé d'une "souffrance physique ou psychique constante et insupportable" des suites d'une "affection accidentelle ou pathologique incurable" et "se trouve dans une situation médicale sans issue". "Sur 259 euthanasies (déclarées) pratiquées au cours des 15 premiers mois d’application de la loi de dépénalisation, relève La Libre Belgique, 41% ont eu lieu au domicile du malade, contre 54% à l’hôpital et 5% en maisons de repos".




photo : archives TF1


Dernière édition par PAT le 19.12.12 21:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Aux Pays-Bas..   28.06.12 0:21

lié le 02 mars 2012 à 14h13 | Mis à jour le 02 mars 2012 à 14h13


Aux Pays-Bas, des équipes mobiles pour pratiquer des euthanasies




Agence France-Presse
La Haye
Six équipes mobiles, composées d'un médecin et d'une infirmière, ont commencé jeudi à sillonner les Pays-Bas pour se rendre au domicile de malades incurables qui souhaitent mourir, et pratiquer les euthanasies refusées par leur médecin traitant.


Soixante-dix personnes ont déjà manifesté leur intérêt, assure à l'AFP Walburg de Jong, la porte-parole de l'Association néerlandaise pour une fin de vie volontaire (NVVE) qui a mis en place et finance ce projet baptisé «Clinique de fin de vie».

A terme, les six médecins devraient pratiquer environ un millier d'euthanasies par an, souligne-t-elle, précisant que quelque 3100 euthanasies au total sont pratiquées chaque année aux Pays-Bas.

Les Pays-Bas ont été le premier pays au monde à légaliser l'euthanasie, le 1er avril 2002. Celle-ci n'est autorisée que lorsque le patient en fait la demande en pleine possession de ses moyens et subit des souffrances «insupportables et interminables» dues à une maladie diagnostiquée par un médecin comme incurable.


«Si les critères sont remplis, les médecins mobiles pourront pratiquer l'euthanasie au domicile de patients dans les cas ou les médecins traitants refusent de le faire ou sont incapables de le faire», explique Mme de Jong.

Les médecins de la «Clinique de fin de vie», qui n'a de clinique que le nom et ne dispose pas de locaux spécifiques pour pratiquer les euthanasies, ont reçu une formation spéciale.

Effectuant déjà des euthanasies sur leurs propres patients, ils travaillent à temps partiel pour la NVVE qui les rémunère.

Ils ne peuvent intervenir qu'à la demande des malades eux-mêmes qui doivent être en pleine possession de leurs facultés mentales, et non de leur famille ou de leur proches.

Malade et médecin doivent tous deux être convaincus qu'il n'existe pas de guérison possible. Le médecin doit en outre prendre un second avis médical auprès d'un confrère.

Le patient meurt après avoir pris des somnifères par piqûre ou par perfusion, suivis de barbituriques qui arrêtent le coeur.

Chaque euthanasie pratiquée est soumise à une commission composée d'un médecin, d'un juriste et d'un expert éthique chargée de vérifier si les critères prévus par la loi ont bien été respectés.

Le projet a été approuvé par la ministre néerlandaise de la Justice Edith Schippers qui a assuré devant la chambre basse du parlement qu'elle ne s'y opposerait pas étant donné qu'il entre dans le cadre prévu par la loi.

«L'association néerlandaise pour une fin de vie volontaire et les équipes ont assuré que tout sera conforme à la législation», déclare à l'AFP Ole Heil, le porte-parole de la ministre.

Mais des réserves ont été émises par la Société royale de médecins (KNMG), une association regroupant 53 000 médecins aux Pays-Bas, qui craint que les médecins ne connaissent pas suffisamment les patients pour évaluer correctement leur situation.

«Nous ne sommes pas contre l'euthanasie s'il n'y a pas d'autre alternative», assure l'un des responsables de l'association, Eric van Wijlick. «Mais l'euthanasie est un processus compliqué, à l'issue d'un traitement à long terme d'un patient, basé sur une relation de confiance.»

«Il faut avoir une approche holistique du traitement du patient et voir notamment s'il existe une alternative à l'euthanasie : nous doutons sérieusement que cela puisse être fait par un médecin uniquement chargé de pratiquer des euthanasies», souligne-t-il.
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MessageSujet: Re: L'euthanasie mise en pratique   07.06.13 15:39

Publié le 03 juin 2013 à 05h00 | Mis à jour le 03 juin 2013 à 05h00


Docteur, je veux mourir


Katia Gagnon
La Presse

(Belgique) Avec le dépôt dans les prochains jours d'un projet de loi sur l'aide médicale à mourir, le québec emprunte un sentier tracé par la belgique, où on a légalisé l'euthanasie il y a dix ans. Depuis, le docteur Luc Sauveur, médecin au centre hospitalier de namur, a procédé à une centaine d'euthanasies. La Presse l'a suivi, jusqu'à l'injection ultime.


Sur le rebord de la fenêtre, il y a des jonquilles en pot. C'est la saison. Dehors, les bourgeons deviennent feuilles et le soleil brille. C'est cette journée de printemps, vivante et éclatante, que Jacques Mertens a choisie pour mourir.

Le vieil homme de 88 ans a revêtu une élégante chemise grise, un pantalon marron. Il est allongé dans son lit d'hôpital. Sa fille Dominique est assise à ses côtés. Sur la petite table, près de son lit, il y a une bouteille de rouge entamée, quelques verres.

Une dizaine de personnes sont dans la chambre, des membres de la famille ou du personnel soignant, émus aux larmes. Les yeux de Jacques Mertens rient. Le vieil homme fait une blague sur son mauvais caractère. «Je confirme!», s'exclame sa fille, prise entre le rire et les larmes.


«Je suis content de t'avoir connue», dit le père à sa fille. Dominique Mertens étreint longuement son père. «Ensemble», murmure-t-elle.

«Vous êtes prêt?»

Quand le patient acquiesce, le Dr Luc Sauveur injecte le contenu d'une première seringue dans le soluté du vieil homme. Ses yeux se ferment à demi. Le sédatif l'endort rapidement. Puis, c'est la seconde seringue. Du thiopental. Un produit utilisé pour les anesthésies, qu'on emploie ici à dose massive, et sans ventilation, puisque le but est de stopper la respiration.

Le vieil homme a les yeux maintenant totalement clos. Il laisse échapper un râle, un spasme le secoue. «Il souffre?», S'inquiète Dominique. «Non. Il dort», répond le Dr Sauveur.

Comme c'est parfois le cas, il faudra le contenu d'une troisième seringue - du curare, qui paralyse tous les muscles du corps - pour que la respiration de Jacques Mertens s'arrête définitivement. Le passage de la vie à la mort est presque imperceptible.

Puis, ses traits se figent.

Il est mort.

Toute l'opération a pris moins de trois minutes.

En 2002, la belgique a légalisé l'euthanasie. Mais, dans les faits, peu de médecins acceptent d'en pratiquer. Le Dr Sauveur, 60 ans, chef d'une petite équipe mobile de soins palliatifs à l'hôpital de Namur, est l'un d'eux. Depuis dix ans, le médecin a pratiqué une centaine d'euthanasies.

Une infime minorité des patients qu'il suit, à l'hôpital et à domicile, dans la grande région de Namur, réclament une telle fin de vie, dit-il. «Moins de 1%.»

Que ressent-on au moment d'appuyer sur le piston de ces trois seringues? «Intellectuellement, je finalise une demande qui me semble juste. Émotionnellement, c'est toujours aussi difficile parce qu'il y a là-dedans quelque chose de violent. Et on n'est pas programmés pour ça.»

«Quand je fais une euthanasie, je n'ai pas l'impression que je fais le mal. Je n'ai pas non plus l'impression que je fais le bien. L'euthanasie, c'est un moindre mal.»

LE CHOC

28 mai 2003

Chambre 326, unité de neurologie.

Pietro di Bari fixe la caméra. Vêtu de sa jaquette d'hôpital bleue, il est assis dans son lit, soutenu par ses soeurs. L'homme a 40 ans. Un accident de voiture l'a laissé tétraplégique. Le message qu'il livre à la caméra qui l'enregistre est limpide: il veut mourir.

«On doit me gratter le derrière pour aller à la toilette. On doit me tenir pour que je sois assis. J'ai des souffrances 24 heures sur 24. Je suis arrivé à un point où ça n'est plus possible, dit-il. Je vous regarde dans les yeux et je vous demande l'euthanasie.»

Il y a dix ans, Pietro di Bari a enregistré cette vidéo pour protéger le Dr Luc Sauveur d'éventuelles poursuites. On en était aux balbutiements, en Belgique, sur la fin de vie: la loi autorisant l'euthanasie avait été adoptée il y a tout juste un an.

Pietro di Bari a été le premier cas d'euthanasie du Dr Sauveur. Et quand il en parle, les sanglots sont encore irrépressibles.

«On est arrivés au jour de l'euthanasie, qui a été un des pires jours de ma vie. Pourquoi? Parce que ça a été terrible. J'avais établi une telle relation avec lui: ça a été une horreur, raconte le médecin, à travers ses larmes. Il m'a fallu six mois pour retomber sur mes pattes. J'ai pensé que j'allais perdre la raison. C'était la première fois que je donnais la mort à quelqu'un».

Quand Luc Sauveur est entré pour la première fois dans la chambre de Pietro di Bari, il n'avait aucune idée du désir profond de ce malade. «Il m'a dit: c'est vous le spécialiste de l'euthanasie? J'ai été renversé.»

À force de discuter avec Pietro di Bari, ancien mannequin, séducteur impénitent, maintenant confiné au lit d'hôpital, Luc Sauveur a fini par se laisser ébranler. Ce patient voulait bel et bien mourir. Soit il accédait à sa demande, soit il l'abandonnait. «Et ça, je ne pouvais pas.»

Le médecin s'est ensuite battu pendant plusieurs mois pour que les volontés de ce malade difficile, qui avait fait tourner en bourrique plusieurs équipes médicales, soient prises en compte. Son équipe était contre. Une partie de la famille était contre. À la fin, le médecin avait fini par rallier presque tout le monde.

Y compris lui-même.

Pietro di Bari a été euthanasié le 28 mai 2003, jour anniversaire de l'adoption de la loi sur l'euthanasie. Dix ans plus tard, quand le médecin regarde la vidéo enregistrée 20 minutes à peine avant l'injection fatale, il pleure encore.

«Docteur Sauveur, dit Pietro di Bari en fixant la caméra avec un grand sourire, tu es la dernière perle d'amitié que j'ai eue. Je t'aime beaucoup. J'espère qu'on va se revoir bientôt parce que des amis comme toi, c'est rare.»

LE MALAISE

22 avril 2013

Poste de garde, unité de gériatrie

Jacques Mertens est mort il y a à peine un quart d'heure. L'équipe des infirmiers est réunie au poste de garde, derrière des portes closes. Ils absorbent le choc d'un nouveau décès, provoqué celui-là, dans leur unité.

«On est tous un peu en souffrance par rapport à ce qui s'est passé à l'unité depuis janvier», dit le chef infirmier, la tête basse. Assises autour de la table, les infirmières du service de gériatrie semblent assommées. Le Dr Sauveur les regarde en silence. «C'est dur, je sais. Et il faut continuer, reprendre le collier. Mais si vous avez besoin d'un coup de main, de support, n'hésitez pas.»

Les membres du personnel hospitalier ne sont pas tous à l'aise avec les euthanasies. «Quand il y a une euthanasie, le chef de service donne congé aux infirmières qui ne veulent pas être présentes», explique Nelly Bériaux, infirmière dans l'équipe du Dr Sauveur.

René Brouns, coéquipier de Nelly, était lui-même contre l'euthanasie lors du débat sur la loi de 2002. «Je suis un peu schizophrène parce que j'accompagne des malades en soins palliatifs et je vis dans un pays où la loi a été votée. Alors, je me suis fait une raison.»

LE DOUTE

21 avril 2013

Chambre 17, unité de gériatrie

Le Dr Luc Sauveur tient la main de Jacques Mertens pour s'assurer une nouvelle fois de la réponse à une question grave: le vieil homme veut-il réellement mourir demain?

Par moments, M. Mertens est parfaitement clair. «Je ne veux pas mener de vie. Je ne veux plus mener de vie. Ça ne m'intéresse pas. Absolument pas.»

Mais à d'autres instants, l'ancien topographe semble plutôt s'inquiéter de la charge qu'il représenterait s'il restait en vie.

«Je t'ai dit que je suis toujours là pour prendre soin de toi, lui dit sa fille Dominique, mais dans certaines limites.»

Dominique doit aussi prendre soin de sa mère âgée et de sa soeur trisomique. Pendant des années, ses contacts avec ce père froid et cassant ont été minimaux. Jacques Mertens et sa fille ont renoué au cours de cette dernière année. «On n'a pas renoué, on a noué», corrige la femme avec un sourire triste.

Le Dr Sauveur sort de la chambre avec un doute.

Il faut dire que le dossier est complexe. Jacques Mertens envisage la mort depuis longtemps. Déjà en 1988, bien avant que la loi belge n'autorise l'euthanasie, il avait inscrit cette demande dans un document, advenant la possibilité d'une dégradation physique ou cognitive.

Or, ce moment est arrivé. Il y a un an, l'homme a reçu un diagnostic de démence. Il refuse la déchéance qui viendra. En janvier, il a refait sa demande d'euthanasie, par écrit.

«On a tout fait pour que monsieur puisse se réinscrire dans la vie, dit la psychologue Marie Gillet, qui a suivi le patient et sa famille. Ça a marché pendant un temps.» Puis, le vieil homme est revenu avec sa demande. Avec obstination, il a convaincu les soignants un à un.

Pour Marie Gillet, «être euthanasié, c'était sa manière de rester lui-même jusqu'au bout.»

LA CERTITUDE

22 avril 2013

Chambre 17, unité de gériatrie

Luc Sauveur est debout, à côté du lit de Jacques Mertens. Le vieil homme a revêtu une élégante chemise grise, un pantalon marron. Le médecin se tire une chaise. Il a besoin de parler avec le vieil homme. Il a besoin d'être sûr.

«C'est mon père qui devait prendre la décision. Il pouvait tout annuler. Reporter à plus tard. Et finalement, il a très clairement dit qu'il voulait en finir avec la vie. Il était d'une lucidité hallucinante», raconte Dominique Mertens, un peu plus tard.

Après ces paroles, Luc Sauveur est sorti de la chambre. Il a laissé le vieil homme profiter des derniers moments avec sa famille. Il est allé préparer trois seringues de médicaments. Dormicum, le sédatif. Thiopental, le barbiturique. Et curare, dans la dernière. Il les a glissées dans la poche de son sarrau.

Puis, il est entré dans la chambre inondée de soleil.

_____________________________

L'ABC de l'euthanasie en Belgique

Pour pouvoir obtenir l'euthanasie en Belgique, il faut :

1. être majeur ;

2. être apte ;

3. souffrir d'une maladie incurable ;

4. être affligé de souffrances « constantes, insupportables et inapaisables », qu'elles soient physiques ou psychologiques ;

5. formuler sa demande de façon répétée et rédiger soi-même la demande d'euthanasie ;

6. si la maladie n'entraîne pas la mort à brève échéance, deux médecins doivent avoir certifié l'état du patient. Un minimum d'un mois doit s'écouler entre la première demande et l'euthanasie ;

7. certains médecins exigent que l'entourage du patient soit au courant de la procédure ;

8. un patient inconscient, atteint d'une pathologie grave, incurable et dont les effets sont irréversibles, peut aussi être euthanasié s'il a rempli une déclaration anticipée relative à l'euthanasie moins de cinq ans auparavant ;

9. la Commission fédérale de contrôle sur l'euthanasie révise chacun des cas et peut demander des précisions aux médecins. Si les balises n'ont pas été respectées, le médecin pourrait être poursuivi. Aucune poursuite n'a été intentée en 10 ans.

_______

Chiffres

80 % FLANDRE : La majorité des euthanasies ont lieu en Flandre, la partie néerlandaise de la Belgique, qui compte pour 60% de la population belge.

20 % WALLONIE: Un cinquième des euthanasies a lieu dans la partie francophone du pays, qui compte pour 40% de la population belge.
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MessageSujet: Re: L'euthanasie mise en pratique   14.09.13 12:11

Suicide médicalement assisté: mode d'emploi
Par Cécile Casciano et , publié le 20/09/2007 à 20:00
L'actrice Maïa Simon est allée mourir en Suisse, un pays où le suicide médicalement assisté est possible. Deux associations y prennent en charge les malades. Récit d'une mort choisie, avec le docteur Jérôme Sobel, président d'Exit à Genève.




L’actrice française Maïa Simon, âgée de 67 ans et atteinte d’un cancer, avait décidé d’en finir, "au lieu d’attendre la mort de manière passive". L’association helvète Dignitas l’a aidée à mourir, mercredi, à Zurich. En 2005, sur 138 personnes, elle a assisté 77 Allemands, 15 Anglais et 12 Français.
Ce que dit la loi
En Suisse, aider une personne à mourir est considéré comme une infraction, "sauf si l’acte est altruiste et sans mobile égoïste", explique Gilles Antonowicz, avocat et vice-président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). "Paradoxalement, en France, aider matériellement une personne à se suicider n’est pas pénalisé, mais nous ne pouvons en tirer aucun bénéfice puisque les médecins ne peuvent se procurer de produits léthaux ni dans les hôpitaux, ni dans les pharmacies". De l’autre côté de la frontière, par contre, les professionnels peuvent obtenir du penthotal, un barbiturique utilisé pour les suicides assistés. L'euthanasie, contrairement à la Belgique ou aux Pays-Bas, demeure interdite en Suisse.
Pour Jérôme Sobel, médecin et président d’Exit, antenne genevoise de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), dont Maïa Simon était adhérente en France, devoir aller à l’étranger pour pouvoir mourir est un scandale. "Cela me fait penser aux femmes qui allaient avorter dans un pays voisin. La France n’est pas cohérente : elle autorise l’interruption volontaire de grossesse et pas l’interruption volontaire de sa propre vie !".
L’équipe du docteur Sobel intervient seulement auprès des personnes résidant en Suisse. "On ne peut faire face à la demande extérieure", explique-t-il. Une contrainte, mais aussi un choix. "Je ne veux pas que les accompagnateurs bénévoles traitent trop de cas, pour préserver leur équilibre émotionnel ".

"Nous sommes bien plus utiles que les antidépresseurs"
Avant tout passage à l’acte, les candidats au suicide qui se présentent chez Exit doivent constituer un dossier comprenant des documents médicaux et une lettre manuscrite expliquant leur démarche. Un membre de l’association rencontre ensuite le malade et sa famille et vérifie que la demande remplit certains critères (voir encadré). Enfin, la personne choisit la date de son départ.
Cinq conditions pour le suicide médicalement assisté

- Discernement de la personne
- Manifestation de la volonté réitérée
- Maladie incurable
- Souffrances insupportables
- Pronostic fatal ou évolution vers une invalidité définitive et irréversible 
"Il ne faut pas croire que tous ceux dont la demande est acceptée vont jusqu’au suicide", précise Jérôme Sobel. "L’acte ne concerne qu’une personne sur trois. Parfois, les patients meurent de mort naturelle, et leur démarche les aura simplement rassurés et aidés à supporter la maladie. Nous sommes pour eux bien plus utiles que les antidépresseurs et les thérapies".
Généralement, le suicide a lieu au domicile du malade, parfois en maison de retraite, et éventuellement dans le cadre hospitalier. "Quand il n’est pas possible de faire autrement, deux CHU de Suisse romande acceptent que l’acte se déroule dans leurs murs", indique Jérôme Sobel. "En Suisse alémanique, un hôpital a refusé, un autre vient d’entamer une réflexion à ce sujet".
Une fois l’acte accompli, l’accompagnateur d’Exit appelle la police, qui doit constater le "bien-fondé" du suicide. L’instruction pénale est rapidement refermée après étude des témoignages par un juge. "Les policiers, habitués à cette procédure, sont toujours très polis et respectueux", témoigne le docteur. Aider quelqu’un à se suicider? L’idée ne choque pas les Suisses, "environ 80% de la population est pour".
Jérôme Sobel a lui-même assisté de nombreuses personnes désirant mourir. A chaque fois, il repart avec un sentiment "de devoir accompli pour avoir rendu à quelqu’un le dernier service qu’on pouvait lui rendre sur Terre".
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MessageSujet: Re: L'euthanasie mise en pratique   03.10.13 12:14

Quelles sont les techniques d'euthanasie?(DirectMatin)

L’euthanasie appelle un débat éthique dont nul ne nie le caractère particulièrement grave. C’est sans doute la raison pour laquelle François Hollande, avant de légiférer, a confié une mission de réflexion à Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique. Mais si cette pratique venait à être légalisée, elle impliquerait la mise en place de procédures, déjà testées à l’étranger, notamment en Belgique et aux Pays-Bas.

La pratique la plus répandue est l’administration par voie intraveineuse ou orale d’un barbiturique qui fait sombrer le patient en fin de vie dans l’inconscience. Cette action en elle-même peut conduire au décès du patient. Si tel n’est pas le cas, on peut procéder à l’administration (par injection dans la majorité des cas) d’un paralysant neuromusculaire. L’association barbiturique / paralysant est la formule la plus répandue.

D’autres pratiques peuvent être mises en place comme l’administration d’un sédatif ou de morphine à des dosages supérieurs aux exigences thérapeutiques. L’injection de chlorure de potassium, qui provoque un arrêt cardiaque rapide, utilisée ponctuellement à une époque, est généralement prohibée car elle peut provoquer des douleurs pénibles.

Mais les spécialistes le rappellent, chaque individu est différent et il n’existe pas de formules et de dosages parfaitement sûrs, garantissant parallèlement une efficacité absolue, l’absence de souffrances et une large accessibilité.

Et toujours sur DirectMatin.fr

Hollande promet une réforme sur les soins palliatifs

Auteur Direct Matin
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MessageSujet: Re: L'euthanasie mise en pratique   03.10.13 12:21

CITATION=
L’injection de chlorure de potassium, qui provoque un arrêt cardiaque rapide, utilisée ponctuellement à une époque, est généralement prohibée car elle peut provoquer des douleurs pénibles.

MON COMMENTAIRE=
on fait pourtant des injections de chlorure de potassium aux condamnés à mort aux USA(associé à deux autres produits)
Donc je ne vois pas où se trouve le problème
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MessageSujet: Re: L'euthanasie mise en pratique   03.10.13 12:28

L'intérêt de l'euthanasie active directe étant de savoir qu'on meurt au moment où on meurt.
Vivre sa mort sans souffrir physiquement.
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MessageSujet: Re: L'euthanasie mise en pratique   12.12.13 15:39

Fin de vie: «Son pouls s’est affaibli peu à peu»
Eric FAVEREAU 9 décembre 2013 à 20:56 (Mis à jour : 12 décembre 2013 à 11:32)


Chaque année, en France, il y a près de 5 000 décisions d'euthanasie active. (Photo Thierry Zoccolan. AFP)
TÉMOIGNAGE
Il y a un an, Geneviève a aidé une amie souffrant d’un cancer à mourir. Alors que le débat sur la fin de vie est relancé, elle témoigne dans «Libé», «parce que Françoise le voulait».

C’est une femme de 60 ans, ouverte, chaleureuse, à l’empathie évidente. Toute sa vie, elle a été engagée dans un travail associatif. Elle vit dans le Sud. Appelons-la Geneviève. Elle dit qu’elle ne regrette rien. Plus d’un an après avoir aidé une amie, Françoise, à mourir, elle ne se sent pas écrasée par le poids de la décision qu’elle a prise. «C’est ainsi, nous n’étions pas tristes, elle est partie comme elle le voulait», répète-t-elle.

Geneviève a toujours été une militante, mais dans un tout autre domaine que celui de la médecine. Elle nous a adressé son témoignage «parce que Françoise le voulait». Nous l’avons vérifié, des éléments ont été modifiés pour qu’il n’y ait pas de reconnaissance possible. On découvre que certains arrivent à se débrouiller, qu’il y a des canaux permettant de trouver les «médicaments» qu’il faut pour arrêter la vie. Dans ce témoignage transparaît l’évidence d’un lien d’amitié. Geneviève en a parlé à la fille de Françoise, comme à l’infirmière qui accompagnait son amie. «Ce que je craignais, reconnaît-elle, c’est le médecin. Mais, par chance, il a fait son certificat de décès sans se déplacer.»
Françoise vivait seule. Elle aimait la musique et lire. Elle avait «une grande culture».
Ainsi parle Geneviève :
Une amitié
«Françoise était une ancienne amie très chère atteinte d’un cancer de la vessie très sévère et elle ne voulait subir ni opération ni aucune thérapie. Quelques années auparavant, elle avait subi un lourd traitement pour un cancer du colon qui lui avait laissé de très mauvais souvenirs et elle ne souhaitait pas revivre les moments pénibles qu’elle avait traversés.
«Pendant cette étape particulièrement difficile, nous parlions souvent ensemble de son désir d’en finir avec la vie si la maladie lui rendait la vie trop pénible. Agée désormais de 70 ans et ayant eu une existence qu’elle qualifiait d’accomplie, elle avait eu le temps de réfléchir à la fin de vie qu’elle souhaitait. C’est aussi pour cela qu’elle était adhérente de l’ADMD [Association pour le droit de mourir dans la dignité, ndlr] depuis de nombreuses années et qu’elle avait rédigé ses directives anticipées, qu’elle avait remises à son médecin traitant et à sa fille.
«Mais elle ne souhaitait pas se suicider, elle préférait, me disait-elle, mourir "proprement". Je lui ai rappelé qu’elle pouvait se rendre en Suisse où l’aide à mourir était organisée. Elle m’a rétorqué : "Je n’ai ni le temps ni les moyens financiers."
«Son cancer était à un stade avancé et elle vivait très modestement. C’est alors qu’elle me rappela ce que je lui avais raconté quelques années auparavant. Un ami très proche m’avait confié comment, à la demande de leur mère, lui et sa sœur l’avaient "accompagnée à mourir". Je ne pouvais pas donner plus de détails, car je n’en savais pas plus… Françoise termina cette évocation en me regardant droit dans les yeux et en disant : "Accepterais-tu de faire quelque chose pour moi si je te le demandais ?" Je n’ai pas répondu à cette question sauf par un sourire, en espérant vraiment qu’elle change d’avis.
En quête d’une solution
«Lorsque Françoise a formulé sa demande, je me suis sentie désarçonnée et surtout impuissante. Je ne savais pas comment l’accompagner ni lui apporter ce qu’elle me demandait. Je l’ai revue un mois après : la maladie progressait. Pourtant, elle campait sur ses positions de ne pas vouloir s’en remettre à la médecine qui, selon elle, ne pourrait rien faire et qu’elle qualifiait de "sans âme".
«J’ai alors compris qu’elle était vraiment déterminée dans son choix de partir quand elle penserait le moment venu. Au fil de nos rencontres, et alors que son état de santé se dégradait de plus en plus, elle a fini par me confier qu’à l’annonce de son nouveau cancer, elle avait acheté un pistolet et qu’elle n’hésiterait pas à s’en servir quand elle déciderait que sa vie ne valait plus la peine d’être vécue.
«Face à la détresse, à la souffrance et aussi devant la détermination que Françoise me montrait en me dévoilant le pistolet, je me suis décidée à joindre mon ami pour lui demander comment lui et sa sœur avaient fait pour aider leur mère à mourir comme elle le désirait. Comprenant mon désarroi et me connaissant bien, il a accepté de me mettre en contact avec une pharmacienne en Suisse qui, après m’avoir questionnée longuement sur ma motivation, m’a dit qu’elle pouvait me donner une dose si je venais la chercher.
«Mon compagnon et moi avons fait le voyage pour rencontrer cette personne qui nous a très bien accueillis et nous a donné toutes les explications nécessaires pour utiliser le produit.
«A notre retour, j’ai pu annoncer à Françoise que j’étais en mesure de répondre à sa demande. Tout d’abord, elle ne m’a pas crue. C’est après lui avoir montré le produit et donné quelques détails sur son utilisation qu’elle m’a dit simplement : "Merci, je sais maintenant que je peux compter sur toi. Je te préviendrai quand ce sera le moment."
«Elle était très émue, moi aussi, et nous nous sommes embrassées chaleureusement. Sa santé a continué à décliner, et nous nous sommes souvent retrouvées pour échanger, sans pour autant reparler de ce qui était maintenant possible si elle continuait dans son projet.
Les raisons d’un choix
«Un jour où nous étions dans sa petite maison très simple, elle m’avait raconté qu’elle avait perdu sa mère à l’âge de 11 ans. Elle l’avait vue beaucoup souffrir, sans pouvoir la soulager. Ce qui l’avait révoltée. Depuis ce temps, elle s’était dit qu’elle ne vivrait jamais le calvaire qu’avait enduré sa mère, qu’elle mettrait fin à ses jours avant d’atteindre un tel degré de souffrances physiques et psychologiques.
«Au fil des mois, j’ai vu Françoise perdre ses forces physiques, la douleur augmentait. Devant l’insistance de son médecin, elle a dû se résigner à prendre de la morphine, à dormir dans un lit médicalisé, et admettre que chaque jour une infirmière vienne lui faire sa toilette. Puis, ultime contrainte, "mettre des couches". Même très affaiblie, elle n’a jamais envisagé de quitter sa maison, où elle vivait seule avec son chat. Elle refusait les soins palliatifs car elle voulait continuer à décider par elle-même comme elle l’avait fait toute sa vie ; elle voulait être responsable, jusqu’à la fin. Si elle avait accepté les soins palliatifs, elle serait morte "inconsciente". Or, elle répétait souvent : "Je veux être présente et lucide jusqu’au bout."
Seule dans sa décision
«Dans sa famille, elle a seulement informé sa fille unique. Le choix de sa mère a été, pour cette dernière, difficile, mais elle l’a respecté. Elle a demandé à Françoise de l’avertir lorsqu’elle se sentirait prête à partir, pour lui dire au revoir une dernière fois. Elle ne souhaitait pas être présente le moment venu et me faisait complètement confiance.
«Françoise avait également mis au courant un "très cher ami lointain". Ils avaient eu une longue conversation sur sa motivation. Il la comprenait et espérait pouvoir faire ce choix lui aussi. Elle aurait également souhaité partager sa décision avec la voisine qui lui préparait ses repas chaque jour mais elle n’a jamais osé la lui dévoiler, par crainte d’être incomprise et contestée.
Perte de contrôle
«L’augmentation des doses de morphine la rendait de plus en plus somnolente. Elle connaissait des périodes d’inconscience, perdant peu à peu toute autonomie et capacité de réflexion, ce qui la mettait très en colère ou encore dépressive.
«Elle ne pouvait même plus écouter de la musique classique, qu’elle aimait beaucoup, car elle s’endormait tout le temps, ni faire ces mots croisés qui lui occupaient un peu l’esprit. Tout lui échappait et elle perdait petit à petit le contrôle de sa vie, ce qui était insupportable pour elle. Pendant un de nos échanges et dans un moment de lucidité complète, elle m’a dit : "Si je ne prends pas ma décision maintenant, je ne pourrai plus l’exprimer car j’en serai incapable." "Tu le sais, je veux mourir consciente et je préfère abréger de quelques jours, voire de quelques mois, cette vie que je ne supporte plus et qui n’a plus de sens pour moi", a-t-elle renchéri. Se sentant décliner, elle avait mis de l’ordre dans "ses affaires", distribué le peu de choses qui l’entouraient.
«Elle se dépouillait de tout ce qui faisait son quotidien, elle le faisait toujours avec humour et une certaine joie de vivre : "C’est moi qui décide et je ne dois rien à personne." Elle avait aussi pris le temps de dire "au revoir" dans sa tête et dans son cœur à toutes les personnes qui comptaient dans sa vie et m’avait dit : "Maintenant, je me sens en paix avec moi et avec les autres, et c’est important."
«Une fois ces tâches accomplies, elle m’a confié que sa vie n’avait plus aucun sens, ajoutant : "Je suis prête quand tu voudras." J’ai compris que le moment d’agir était venu. J’étais prête moi aussi car j’avais, comme elle, eu le temps de me préparer à ce moment si particulier auquel j’avais bien souvent pensé depuis sa demande.
L’acte final
«Avec Françoise, nous avons choisi une date, puis revu de manière concrète comment se déroulerait ce moment. Mon compagnon a accepté de m’accompagner dans cette ultime étape, qu’il savait être une "mise à l’épreuve" pour moi.
«Nous avons loué une voiture pour ne pas être reconnus par les voisins. Quand nous sommes arrivés, en soirée, Françoise nous attendait et, avec un sourire et une voix calme, elle nous a accueillis en disant : "J’avais peur que vous ne veniez pas, car je sais que vous prenez des risques pour moi." Dans sa petite chambre, nous avons allumé des bougies et mis sa musique classique préférée. Assis de chaque côté de son lit, nous avons discuté un long moment, ressassant nos souvenirs. Ces échanges étaient empreints de gravité et de complicité affectueuse. Puis elle a interrompu notre conversation en nous lançant, souriante : "Quand commence-t-on ?" Je lui ai alors demandé : "Es-tu toujours certaine de vouloir le faire ?" Elle m’a répondu avec fermeté : "Tu veux vraiment que je te l’écrive sur un papier et que je signe ? Est-ce que je peux encore compter sur toi ?" Je lui ai répliqué : "Oui, tu peux compter sur moi, mais tu as toujours la possibilité de repousser ce moment ou d’y renoncer." "J’ai eu tout le temps d’y penser, je ne changerai pas d’avis", m’a-t-elle assuré.
«Elle a d’abord bu un produit qui évite les vomissements. Nous avons attendu une demi-heure pour qu’il agisse, tout en continuant à bavarder. Elle était assise sur son lit médicalisé, calme et souriante, appuyée sur des coussins avec son chat sur les genoux. Nous avons continué à échanger calmement, en évoquant nos moments de complicité amicale et aussi combien elle allait me manquer après son départ. Elle était sereine et détendue, ne manifestant aucune crainte, et elle nous à dit avec un petit sourire et beaucoup d’émotion : "Vous savez bien que je ne crois en rien, mais je n’ai pas peur de la mort car je vais sans doute retrouver ma mère." A un moment elle a eu envie de faire pipi et, alors qu’elle tenait à peine sur ses jambes (elle pesait 35 kg), elle nous a demandé de l’aider à se mettre sur la chaise percée qui était proche de son lit. Je l’ai presque portée, puis soutenue, alors que mon compagnon tenait la chaise pour qu’elle ne glisse pas. C’est alors qu’elle nous a dit : "Merci, car je suis contente d’écouter couler mon urine pour la dernière fois. Je veux partir digne."
«Un long silence rempli d’émotion a suivi ses paroles, avant qu’épuisée elle retrouve son lit. La demi-heure passée, je lui ai tendu le verre contenant la potion létale. Elle était apaisée. Quant à moi, je l’étais beaucoup moins, car je sentais que le moment crucial était arrivé et que je devais aller jusqu’au bout de ce que je lui avais promis.
«La présence solidaire et rassurante de mon compagnon m’a été d’un grand soutien et m’a permis de rester calme et souriante pour lui redemander encore une fois si elle voulait vraiment continuer. Elle s’est presque fâchée en réaffirmant qu’elle était décidée à mourir. Puis, un peu inquiète : "J’espère que vous ne vous ferez pas prendre, que vous n’aurez pas d’ennuis à cause de moi." Elle a bu lentement, sans s’arrêter, en nous regardant tour à tour. Après quelques gorgées, elle a hoqueté, m’a regardée droit dans les yeux en me disant : "C’est très amer, mais je continue."
«Ce furent ses dernières paroles. Elle posa sa tête doucement sur l’oreiller et ferma les yeux pour ne plus les rouvrir. Son pouls s’est affaibli peu à peu, jusqu’à ce que nous ne le sentions plus sous nos doigts.
«Avec mon compagnon, nous sommes restés silencieux, très émus, ses mains dans les nôtres pendant plus de deux heures. Nous voulions être certains qu’elle ne se réveillerait pas et que nous avions agi comme elle le souhaitait. Elle m’avait fait promettre que si cela ne marchait pas, et qu’elle se retrouvait en soins palliatifs, je devrais alors tout faire pour la faire sortir et recommencer.
Après
«Nous avons effacé toute trace de notre passage. Nous avions l’impression de nous être comportés comme des voleurs, conscients d’avoir enfreint un grave interdit.
«Sur le chemin du retour à la maison, je me suis sentie délivrée de la crainte que cela se passe mal et aussi apaisée par rapport à la peur de ne pas être capable de surmonter mon angoisse, et éventuellement celle de mon amie. Je savais que cette dernière s’était longuement préparée à ce moment qu’elle souhaitait plus que tout, mais je ne savais pas comment elle allait réagir quand elle s’y retrouverait vraiment confrontée. J’ai réalisé que tout s’était déroulé comme cela m’avait été indiqué et que la mort pouvait être "relativement douce" pour une personne qui le désire vraiment, qui s’y est préparée, si elle est accompagnée avec amour et humilité. J’ai également pensé que notre profonde amitié et que tout ce que j’avais appris dans la vie m’avait donné l’assurance nécessaire pour l’accompagner tout au long de sa maladie et permis de dialoguer avec elle sur tous les aspects et conséquences de son acte.
«L’infirmière qui s’occupait de Françoise l’a trouvée morte le lendemain matin à 6 heures. Elle a averti aussitôt le médecin traitant du décès, lequel a rédigé le permis d’inhumer. Quelques jours plus tard, Françoise a été incinérée, comme elle l’avait souhaité.
La loi
«Je savais que je prenais des risques - et, si besoin, je les assumerai - et pourtant, je demeurais sereine. J’avais agi selon la volonté de mon amie.
«Mon compagnon le savait aussi, et nous étions solidaires. Je crois aux valeurs de liberté et d’autodétermination. Dès que j’ai eu les moyens de répondre à sa demande, il était certain que je devais l’accompagner jusqu’au bout. Je le lui avais promis, et je me serais sentie lâche si je ne l’avais pas fait.
«En relatant ce témoignage qui m’a fait revivre beaucoup d’émotions, je ne peux m’empêcher de penser à d’autre "transgressions" de la loi que j’ai effectuées dans ma vie, alors que la loi sur l’IVG n’existait pas encore. De la même manière, je me serais sentie lâche si je n’avais pas répondu à la demande de ces femmes et à ce que ma conscience me demandait de faire.
«Je pense que la loi finit toujours par s’aligner sur la pratique quand elle est devenue nécessaire ou majoritaire dans la société, et j’espère que cela aura lieu aussi pour la loi sur la fin de vie, comme cela s’est produit en 1975 pour l’IVG.»
Eric FAVEREAU
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MessageSujet: Re: L'euthanasie mise en pratique   01.11.14 14:31

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L'euthanasie mise en pratique
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