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 Syllogomanie

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MessageSujet: Syllogomanie   05.05.13 21:16

Syllogomanie



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Accumulation dans un appartement.
La syllogomanie, ou accumulation compulsive, est le fait d'accumuler de manière excessive des objets (sans les utiliser), indépendamment de leur utilité, de leur valeur ; parfois sans tenir compte de leur dangerosité ou de leur insalubrité.

L’accumulation excessive peut aller jusqu'à affecter la mobilité et interférer avec des activités de base, comme faire la cuisine ou le ménage, voire se laver ou dormir. Une personne qui s’engage dans l’accumulation excessive est communément surnommée « rat » dans les pays anglophones[1], en référence à une caractéristique alléguée de cet animal, l’accumulation[réf. souhaitée].

On ignore s'il s'agit d'un trouble isolé ou, plutôt, du symptôme d’une autre affection, comme un trouble obsessionnel compulsif.

La syllogomanie a été inscrite dans la version 5 du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, en 2013.


Caractéristiques générales


Une récente montée de la conscience sociale à ce sujet dans le monde anglo-saxon est expliquée en partie par la diffusion de deux séries télévisées documentaires, Hoarders, sur la chaîne A&E et Hoarding: Buried Alive, sur la chaîne TLC[réf. souhaitée]. Toutefois, il existe assez peu d’études sur la syllogomanie. Randy Frost, professeur de psychologie au Smith College à Northampton au Massachusetts, et le docteur Hartl ont défini, en 1996, les symptômes suivants :


  • accumulation volontaire ou incapacité à jeter un grand nombre de possessions qui semblent à toute autre personne inutiles ou d’un intérêt très limité ;
  • lieu de vie encombré au point de limiter les mouvements ;
  • inconfort et souffrance causés par l’amoncellement des objets.

Selon le Dr Sanjaya Saxena, directeur du programme des troubles obsessionnels compulsifs à l’université de Californie à San Diego, la syllogomanie, à ses pires formes, peut être à l'origine d'incendies, de conditions insalubres (infestations de rats et d’insectes), de blessures causées par le désordre et d’autres dangers pour la santé et la sécurité des individus vivant dans ces conditions[2].

Le syllogomane peut soit croire à tort que les biens accumulés ont une grande valeur soit attacher une forte valeur sentimentale aux objets dont il reconnaît le peu de valeur aux yeux des autres. Cela peut concerner des supports d'information périmés (vieilles bandes dessinées, ancienne lettres, timbres n'ayant plus cours, disquettes de divers diamètres dont on ne possède plus de lecteur, disques vinyle) ou d'anciens jouets. Toutefois, comme il existe aussi un marché de l'occasion à cours élevé pour beaucoup de ces objets, on peut voir dans le syllogomane une version particulière de collectionneur.


  • Un syllogomane du premier type peut sortir un ensemble de coutellerie et le prétendre en argent et en nacre, bien que l’emballage indique clairement qu'il s'agit d'acier et de plastique.


  • Un syllogomane du deuxième type peut avoir un réfrigérateur rempli de nourriture dont la date limite de consommation est dépassée depuis des mois ; dans certains cas, il résistera avec véhémence à tout essai d’un proche de se débarrasser de la nourriture périmée. Dans d’autres cas, le syllogomane reconnaîtra le besoin de trier le contenu du réfrigérateur mais, en raison du sentiment qu’une telle action serait futile, et démotivé par l'état identique du reste de son cadre de vie, ne réussit pas à le faire.

Plusieurs études ont montré une corrélation entre la syllogomanie et les TOC[3]. Il existe cependant des individus qui manifestent les symptômes d’accumulation compulsive sans souffrir d’autres TOC[4]. Des patients atteints d’hyperactivité ou de déficit d’attention sont souvent victimes de syllogomanie[5].

L'inscription de la syllogomanie dans la version 5 du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux a alimenté les débats de spécialistes[6].

Illustrations








  • Salon encombré.





  • Accumulation dans une cour de maison.





  • Accumulation à l'entrée d'une maison.





  • Chambre totalement encombrée et inutilisable.





  • Cuisine insalubre et inutilisable.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir
Étude de cas


Dans l'étude de Hartl et Frost[7], une patiente, D., vivait avec ses deux enfants de 11 et 14 ans. Elle décrivait son comportement comme un « petit problème qui avait pris de l'ampleur » plusieurs années auparavant, en même temps que des difficultés conjugales. D. déclara que son père avait eu le même problème et qu’elle avait elle-même commencé à mettre des choses de côté dès son plus jeune âge. D. souffrait également d’autres troubles obsessionnels compulsifs.

Le volume des objets accumulés occupait 70 % de sa maison. Mis à part la salle de bains, aucune des pièces de la maison ne pouvait être utilisée correctement. Les deux portes vers l'extérieur étaient bloquées et les occupants devaient passer par le garage pour entrer.

Cas célèbres



Physiologie et traitement


Il a été noté que les individus qui manifestent ces symptômes tendent à avoir un métabolisme cérébral du glucose différent des autres personnes[9]. Les troubles sont en général traités par la psychothérapie (thérapie cognitivo-comportementale) ou les antidépresseurs.

Notes et références


Source



Notes





  1. http://www.webmd.com/mental-health/features/harmless-pack-rat-or-compulsive-hoarder [archive]
  2. (en) Sanjaya Saxena, Catherine R. Ayers, Karron M. Maidment, Tanya Vapnik, Julie L. Wetherell, Alexander Bystritsky, « Quality of Life and Functional Impairment in Compulsive Hoarding », Journal of psychiatric research, vol. 45, no 4, avril 2011, p. 475-480 (ISSN 0022-3956) [texte intégral [archive], lien PMID [archive], lien DOI [archive] (pages consultées le 17 août 2012)]
  3. (en) Sansone RA, Sansone LA. « Hoarding: obsessive symptom or syndrome? » [archive] Psychiatry (Edgmont). 2010;7(2):24-7. PMID 20376272 [archive]
  4. Henzen A, Zermatten A, Sentissi O. « Syllogomanie, symptômes ou syndrome ? À propos d’un cas clinique (Hoarding disorder, symptom or separate disorder? Case report) » [archive] Rev Med Suisse 2012;8(339):951-5. PMID 22675827 [archive]
  5. (en) Hartl TL, Duffany SR, Allen GJ, Steketee G, Frost RO. « Relationships among compulsive hoarding, trauma, and attention-deficit/hyperactivity disorder » Behaviour Research and Therapy 2005;43(2):269-76. PMID 15629755 [archive]
  6. (en) Matais‐Cols D, Frost RO, Pertusa A et al. « Hoarding disorder: a new diagnosis for DSM‐V? » [archive] Depression and anxiety 2010;27(6):556-72. PMID 20336805 [archive]
  7. (en) Hartl, T.L., Frost, R.O. « Cognitive-behavioral treatment of compulsive hoarding: a multiple baseline experimental case study » Behavior Research and Therapy 1999;37(5):451-61. PMID 10228316 [archive]
  8. Faits étranges et récits extraordinaires, éd. Sélection du Reader's Digest, 1988, p. 382-383.
  9. (en) Sur le site npr.org [archive].

Voir aussi



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Articles connexes



Bibliographie



  • S. Dervinos-Hodbert, V. Lableigne, A. Barbe-Hairy, B. Lièvre et D. Legay, « Syllogomanie ou syndrome de Diogène, revus à travers histoire, littérature et clinique : clinique des psychoses », Information psychiatrique, 2001, vol. 77, no 9, p. 909-915.
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MessageSujet: Re: Syllogomanie   06.05.13 11:14

Alexandre Henzen, Othman Sentissi, Ariane Zermatten

Syllogomanie, symptômes ou syndrome ? A propos d’un cas clinique


Rev Med Suisse 2012;8:951-955


Résumé


La syllogomanie, ou accumulation pathologique, est décrite dans diverses pathologies psychiatriques, notamment dans le célèbre syndrome de Diogène. L’absence de rémission malgré un traitement bien conduit chez un patient suivi dans un centre de thérapie brève à Genève, nous a conduits à faire une revue de la littérature qui nous a permis de mettre en évidence plusieurs points intéressants. Nous avons pu ainsi observer l’intérêt croissant de la communauté scientifique concernant ce trouble dont la prévalence est de 2,3 à 4,6% et qui suscite un débat actuel concernant son statut nosographique dans les prochaines classifications internationales. Dans cet article, nous présentons une étude de cas qui confirme la complexité de ce trouble et qui évoque la possibilité de l’existence de la syllogomanie comme entité diagnostique indépendante.


Abstract


Introduction


Epargner, amasser et collectionner font partie des comportements humains connus et encouragés en tout temps dans nos sociétés. Comme tous les comportements humains, ils peuvent varier d’un processus de fonctionnement et d’adaptation normal à des mécanismes excessifs ou pathologiques.

La syllogomanie (étymologiquement : goût immodéré pour l’accumulation) est un trouble psychique assez peu connu, où un individu accumule les objets, sans les utiliser, avec une difficulté majeure à s’en débarrasser, même si ceux-ci sont inutiles, encombrants, dangereux et insalubres. Cette accumulation affecte l’espace de vie et la mobilité du sujet et de ses proches, pouvant être source d’incendie, de conditions insalubres, de blessures, mais aussi d’un appauvrissement du fonctionnement social et d’une péjoration des relations familiales.1

Nous avons constaté, après avoir effectué une recherche bibliographique Medline, l’intérêt croissant de la communauté scientifique concernant ce trouble. On le retrouve dans des troubles mentaux organiques, dans la schizophrénie,2 le stress post-traumatique, ou le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention.3 Il peut constituer un symptôme du syndrome de Diogène.4 Ce trouble peut également faire partie du tableau clinique des troubles obsessionnels compulsifs,5 car c’est un comportement répétitif (accumulation), mais l’absence fréquente de sentiment de honte et de culpabilité ainsi que de lutte anxieuse, questionne sur son appartenance au spectre du TOC. La syllogomanie a une prévalence de 2,3 à 4,6% selon des études récentes,6,7 concerne plus les hommes que les femmes et sa fréquence augmente avec l’âge.

La syllogomanie a été définie par Frost et ses collaborateurs par trois critères :1 l’accumulation volontaire ou l’incapacité à jeter un grand nombre de possessions qui semblent à toute autre personne inutile ou d’un intérêt très limité, la mobilité réduite induite par le trouble au domicile, et la souffrance psychique générée par le trouble. Les données de recherche récentes plaident pour définir une entité clinique qui peut être aussi dissociée du TOC. Le groupe qui est mandaté pour réfléchir sur le spectre des troubles obsessionnels et compulsifs pour le futur DSM-V, conclut à l’existence d’un trouble indépendant d’autres maladies psychiatriques ou neurologiques avec la mise en place de symptômes plus spécifiques (tableau 1).8






Agrandir le tableau 1
Critères de la syllogomanie
(Selon Frost et coll.1).
• Difficultés persistantes d’accumulations d’objets, même inutiles ou de valeurs moindres, associées à un besoin urgent de les conserver, une détresse et/ou une difficulté à faire le tri • Les symptômes sont la conséquence de l’accumulation d’un grand nombre d’objets qui envahissent les espaces de vie du domicile, du lieu de travail ou autres (voiture par exemple) et empêchent l’utilisation de ces mêmes espaces. Si ces espaces ne sont pas utilisés, c’est uniquement par l’intervention de tiers (membres famille, autorité) • La symptomatologie est à l’origine d’une détresse, de problèmes sociaux et autres • Les troubles sont présents depuis au moins six mois • La symptomatologie ne s’explique pas par une affection médicale (rupture d’anévrisme par exemple) • La symptomatologie ne s’explique pas par une autre maladie mentale (TOC, schizophrénie, démence, autisme, syndrome de Prader-Willi) Spécifier si présence d’acquisition excessive d’objets par achats ou vols, si les objets accumulés sont inutiles, s’il y a un manque de place pour ceux-ci et s’il y a une difficulté à les jeter. Spécifier également la conscience morbide du sujet qui peut être pauvre, bonne ou délirante



Dans une démarche de compréhension de l’étiopathogénie de ce trouble, nous pouvons rappeler ici les différentes hypothèses psychanalytiques, comportementales et génétiques s’y référant.

Théories psychanalytiques


Une première hypothèse psychanalytique est que la syllogomanie entraîne une inertie, une immobilité, une mise à distance de l’autre. Le sujet devient ainsi peu accessible pour autrui. En 1909, Freud, dans ses considérations générales sur l’hystérie, écrit «le langage moteur est projeté sur la mobilité», ici, une mobilité qui fait barrière, protège contre autrui. Le comportement a un potentiel symbolique, probablement lié à des traumatismes au niveau des expériences préverbales, avant le langage. D’autres pistes de réflexion peuvent être formulées, par exemple l’hypothèse d’une fixation au stade anal ou en se référant aux différentes théories du Moi-peau de Didier Anzieu : toute fonction psychique et la construction du moi se développent en s’étayant sur une fonction corporelle. La peau est un lieu d’échange, de protection et de contenance, à la fois barrière et filtre. Lorsque le sujet est blessé narcissiquement, le Moi-peau peut s’altérer et perdre la fonction contenante. L’accumulation d’objets est une suture de ce Moi-peau. Le logement devient à nouveau étanche.9,10

Théories cognitivo-comportementales


Frost et ses collaborateurs1,11 ont proposé un modèle de la syllogomanie qui postule la présence de plusieurs déficits dans le traitement de l’information chez les personnes qui accumulent. Tout d’abord, ces auteurs font l’hypothèse d’un déficit dans le processus de prise de décision : les patients éviteraient toute prise de décision par crainte de faire une erreur dans le choix de garder ou de jeter un objet. Les sujets accumulateurs surestimeraient en effet la gravité des conséquences d’avoir jeté un objet, qui pourrait s’avérer utile ultérieurement. Par ailleurs, un processus de sur-catégorisation pourrait conduire les accumulateurs à considérer que chaque objet est unique, et donc irremplaçable. De plus, l’absence de confiance du patient dans ses capacités mnésiques et la surestimation de l’importance de se souvenir ou d’enregistrer une information, pourraient jouer un rôle dans le maintien des symptômes. Enfin, les auteurs postulent un attachement excessif aux biens (l’objet à valeur de repère identitaire, jeter l’objet revient à perdre une partie de soi), des croyances dysfonctionnelles concernant la possession (par exemple «sans mes possessions, je serais vulnérable») et un évitement du sentiment de perte.

Génétique


Plusieurs études ont observé que l’accumulation pathologique a un taux d’héritabilité important et une étude récente11 a rapporté que 50% des accumulateurs sévères avaient un parent avec des difficultés d’accumulation. Il est toutefois utile de remarquer que les études de génétique moléculaire ont été conduites dans un contexte où la syllogomanie n’est qu’un symptôme de TOC ou d’autres pathologies.

Neuro-imagerie


Selon certains travaux, le centre du comportement d’accumulation se trouverait dans une aire cérébrale corticale différente de celle du TOC.12,13 A noter, le cas décrit de l’apparition de ce trouble en 2001 chez un homme coréen de 46 ans après une rupture d’anévrisme.14

Une étude récente13 a par ailleurs montré que les patients avec des compulsions d’accumulation avaient un taux de métabolisme du glucose significativement plus bas dans le cortex cingulaire ventral et antérieur comparés à des témoins. Dans la même étude, il a été retrouvé que la sévérité de l’accumulation était corrélée à un métabolisme plus bas dans le cortex cingulaire dorsal antérieur droit, dans le cortex cingulaire postérieur et dans le putamen.

Histoire clinique






Monsieur A. est âgé de 42 ans. Il a été adressé au Centre de thérapie brève (CTB) du secteur Jonction à Genève, par son psychiatre traitant dans le cadre d’une péjoration dépressive, avec un traitement antidépresseur (venlafaxine 600 mg/jour) et un traitement anxiolytique (clonazepam 6 mg/jour), traitement pris d’une manière irrégulière depuis quelques mois.
Il est père d’une fille de vingt ans qui souffrirait d’un TOC, et d’un fils de six ans, issu d’un deuxième mariage. Il vit avec son épouse actuelle et son fils. Il bénéficie de l’AI depuis des années.
Le patient exprime sa détresse psychique actuelle par sa propension irrépressible à accumuler depuis plusieurs années, à domicile, des objets (soit en les volant ou en les trouvant dans la rue). Ces objets sont peu utiles, mais ont de la valeur à ses yeux, et il les accumule dans l’optique éventuelle de les revendre ultérieurement, avec le désir parfois d’en réparer certains. Les objets accumulés sont encombrants, envahissent tout l’espace disponible, dont sa chambre à coucher ou la cuisine. Le patient dit avoir peu de culpabilité à accumuler ces objets, mais ce comportement est source de souffrances pour ses proches et devient de plus en plus gênant notamment dans la vie de famille du patient.
Monsieur A. collectionnait par le passé des voitures Opel Manta, des Lancia Kappa et avait loué un grand jardin pour les stocker à cet effet, avant que la commune le lui retire. Il collectionne également certains habits, des modèles réduits, des voitures miniatures Ferrari (plus d’une centaine) et des appareils audio japonais d’une marque et d’une couleur précise.
Il dépose depuis quelques mois également des objets dans le couloir de son immeuble (débordement en dehors de sa propriété), ce qui est à l’origine de multiples plaintes et disputes avec son voisinage. Afin de satisfaire cette tendance à accumuler les objets, le patient vole également des objets dans des magasins, assez régulièrement, avec satisfaction, parfois un sentiment de culpabilité modérée, mais sans anxiété.
Monsieur A. se plaint également depuis plusieurs années de troubles somatoformes, par exemple de vertiges et de douleurs articulaires. Il se plaint aussi de sensibilité accrue à certains types de sons, associée à une irritabilité, comme le bruit des enfants, les travaux, les sirènes, convaincu qu’il a une audition plus développée qu’autrui. Toutes ses plaintes ont fait l’objet d’un bilan et aucun substrat organique n’a été retrouvé.
Au niveau de sa personnalité, il se décrit comme colérique, impulsif, non violent, peu tolérant à la frustration, et se disputant fréquemment avec ses proches et voisins. A noter qu’aucun problème avec la justice n’a été retrouvé.
Au niveau cognitif, Monsieur A. se plaint de troubles de la concentration, avec des oublis fréquents (par exemple il oublie des rendez-vous, des factures à payer, ou d’aller chercher son fils à l’école) et ceci depuis des années.
Le patient signale, de plus, des éléments à caractéristique psychotique qui nous semblent toutefois subsyndromiques, car ayant peu de retentissement sur son fonctionnement : il décrit ainsi la vision occasionnelle de scintillement lumineux à domicile invisible pour autrui, et semble par moments convaincu d’avoir été envoûté par son ex-femme à l’aide d’un sorcier.

Status psychiatrique


Le patient se présente avec une tenue hygiéno-vestimentaire correcte et simple, orienté aux différents modes, sans anxiété ressentie subjectivement. Il est légèrement apathique mais collaborant.

Sur le plan de l’humeur, il exprime une tristesse, non perçue cliniquement, avec absence d’anhédonie et d’aboulie.

Le contenu du discours est pauvre. Le cours du discours est parfois désorganisé. Nous ne mettons pas en évidence de barrage. La sémantique et la syntaxe sont préservées. Le patient a une conscience morbide faible, venant à la demande de sa femme, très rationalisant et peu conscient de ses troubles et de leur impact sur son fonctionnement et sur la dynamique familiale. Il ne présente pas de trouble de la perception ou d’automatismes mentaux comme des échos de la pensée, ni un syndrome d’influence.

Evaluation psychométrique


• L’Inventaire d’Anxiété état-trait (STAI),15 évaluant l’anxiété du patient révèle un score d’anxiété-état de 61 et un score d’anxiété-trait de 62, ce qui est largement au-dessus des normes (la moyenne pour un échantillon contrôle d’hommes âgés de 40 à 49 ans est de 35,88 avec un écart-type de 10,52 pour l’anxiété-état et de 35,06 avec un écart-type de 8,88 pour l’anxiété-trait).

• L’échelle de Padoue révisée,16 évaluant le trouble obsessionnel-compulsif, indique un score de 79, ce qui est largement au-dessus des normes (la moyenne pour un échantillon contrôle est à 21,78 avec un écart-type de 16,33), avec un score élevé sur les sous-échelles de «contamination et lavage» (score de 23 sur 40), de «vérification» (score de 19 sur 40), de «pensées obsessionnelles concernant le fait de se blesser ou de blesser autrui» (score de 15 sur 28) et d’«impulsions de se blesser ou de blesser les autres» (score de 21 sur 40).

• L’Inventaire d’Obsession-compulsion révisé (OCI-R)17 révèle un score de 44, avec des scores largement au-dessus des normes pour les sous-échelles «obsessions» (score de 12 sur 12 ; les scores moyens pour des contrôles sont de 2,86 avec un écart-type de 2,72), «collectionnisme» (score de 12 sur 12 ; les scores moyens pour des contrôles sont de 4,41 avec un écart-type de 2,67) et «rangement» (score de 11 sur 12 ; les scores moyens pour des contrôles sont de 4,40 avec un écart-type de 3,03).

• Enfin, l’échelle d’obsessions-compulsions de Yale Brown (Y-BOCS)18 ne met pas en avant de réelles obsessions, mais l’évaluation des compulsions d’accumulation permet de calculer un score de 9 sur un maximum de 20.

• Le Mini-entretien neuropsychiatrique international (MINI-DSM IV-R)19 est positif pour des épisodes dépressifs majeurs récurrents, un risque suicidaire actuel faible, un trouble obsessionnel-compulsif sans obsessions mais avec compulsions (collectionnisme) et quelques symptômes psychotiques occasionnels, en dehors des périodes de troubles de l’humeur.

• Le MMSE (Minimal Mental State Evaluation)20 est à 26/30, ce qui indique une performance normale (compétences intactes pour un score de 25 et plus).

• Le Saving inventory revised développé par Frost,21 en 2006, pour évaluer l’intensité de l’accumulation est à 97/104, ce qui représente un score largement au-dessus des normes (moyenne pour un échantillon contrôle de 24 avec un écart-type de 12).

Bilan neuropsychologique


A la WAIS-III (Wechsler adult intelligence scale – third edition),22 les résultats sont très faibles au niveau de l’échelle verbale et de performance. Le patient obtient un meilleur score pour l’indice de vitesse de traitement, score qui se situe dans la catégorie «Limite». Concernant les plaintes du patient par rapport à ses capacités attentionnelles et de concentration, il n’y a pas de troubles cognitifs constatés. Il démontre la présence d’une certaine logique, notamment dans les sous-tests «Matrices» et «Arrangement d’images».

Bilan somatique


Nous avons exclu une affection somatique : VIH, anticorps syphilis et borréliose sont négatifs. Cyanocobalamine, folates, TSH, hémogramme, chimie, temps de Quick et INR sont dans les normes. Une imagerie par résonance magnétique cérébrale (IRM), effectuée en 2006 dans le cadre de la mise au point des troubles somatoformes, s’est révélée sans particularité. Nous n’avons pas jugé nécessaire de répéter cet examen.

Discussion


La complexité diagnostique et la non-rémission, malgré une posologie de venlafaxine de 600 mg/j chez ce patient, nous ont amenés à faire un bilan somatique complet, à approfondir l’évaluation psychiatrique et à nous intéresser à la symptomatologie de syllogomanie qui est en avant-plan. La revue de la littérature nous a permis de constater que ce trouble a fait l’objet de plusieurs études récentes.8,11

Monsieur A., qui présente depuis des années une symptomatologie dépressive récurrente, des troubles somatoformes, des difficultés neurocognitives et une syllogomanie, n’a que peu bénéficié d’un diagnostic précis et d’une prise en charge adaptée concernant ce dernier trouble.

Notre évaluation clinique ne semble pas tout à fait compatible avec la symptomatologie classique du TOC (DSM-IV), puisque nous n’avons pas retrouvé d’obsessions. De plus, le patient ne tente pas de réprimer l’accumulation d’objets et n’éprouve que peu d’anxiété à le faire. Il est intéressant de remarquer que cette constatation clinique ne correspond pas à la psychométrie, qui retrouvait un TOC et une anxiété massive. Plus précisément, concernant les scores à la psychométrie, on note que les scores élevés pour les questionnaires Y-BOCS et OCI-R évaluant le TOC sont partiellement expliqués par les comportements problématiques d’accumulation. Il faut toutefois noter que l’échelle de Padoue, évaluant le TOC, est également élevée alors qu’elle n’évalue pas les symptômes d’accumulation. Cependant, en reprenant les items de cette échelle avec le patient en séance et en lui demandant des exemples, il apparaît que le patient a clairement tendance à surévaluer ses difficultés, et que les scores ne correspondent pas aux observations cliniques. De plus, les scores ne sont pas similaires entre l’échelle de Padoue et l’échelle OCI-R, ce qui pourrait indiquer une certaine incohérence entre les réponses du patient. La surévaluation dont fait preuve le patient pourrait également expliquer les scores particulièrement élevés d’anxiété (STAI), qui ne correspondent pas du tout au status clinique que nous avons pu avoir du patient. Malgré les vols réguliers, nous avons par ailleurs exclu un diagnostic de cleptomanie associée,20 c’est-à-dire un trouble du contrôle des impulsions (vols, de façon répétitive et incontrôlable, des objets de peu de valeur commerciale). En effet, Monsieur A. n’a pas les critères symptomatiques typiques de sensation croissante de tension juste avant de commettre le vol, et de plaisir et de gratification ou soulagement au moment de commettre le vol (DSM-IV-TR).23 A noter que Monsieur A. n’a pas de compulsions d’achat associées. Nous pouvons de plus éliminer le diagnostic de syndrome de Diogène chez ce patient, qui n’apparaît d’ailleurs pas dans le DSM-IV. Les études qui le décrivent, se réfèrent en effet à une population généralement âgée présentant des troubles neurocognitifs associés.5 Au bilan neuropsychologique, Monsieur A. présente un fonctionnement intellectuel homogène et de faible niveau, qui peut s’expliquer par le faible nombre d’années d’études que le patient a effectué.

Les incohérences ou les insuffisances de l’évaluation psychométrique sont en faveur des nouvelles données de la littérature scientifique, qui plaident pour l’existence d’une entité médicale de syllogomanie indépendante du TOC (tableau 2).8






Agrandir le tableau 2
Différences symptomatiques entre syllogomanie et TOC
(Selon Mataix-Cols et coll. 8).
Syllogomanie TOC Présence d’obsessions • La peur de perdre des objets ressemble à des obsessions • Oui, dans la majorité des cas (DSM-IV) • L’absence de pensées intrusives, non désirées et gênantes, d’impulsions contre lesquelles le patient résiste • La détresse apparaît lorsque le patient est contraint de jeter les objets, par exemple par une autorité Présence de compulsions • La difficulté de jeter les objets et les comportements • Oui, dans la majorité des cas (DSM-IV) d’acquisition ressemblent à des compulsions Capacité d’insight • Généralement pauvre • Généralement bonne



Conclusion


Le patient présente, comme symptomatologie principale, une accumulation d’objets souvent inutiles, qui n’est pas secondaire à une affection médicale et qui ne semble pas s’inscrire dans la symptomatologie typique du TOC. Cet exemple clinique nous permet de penser que la syllogomanie par acquisition d’objets de manière excessive, notamment par vol, pourrait constituer une nouvelle entité diagnostique dans le futur DSM-V. Cela pourrait contribuer à susciter encore plus l’intérêt des cliniciens, des chercheurs et du public sur ce dysfonctionnement, et à développer la recherche pour trouver des stratégies thérapeutiques plus adaptées à ces patients.

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MessageSujet: Re: Syllogomanie   06.05.13 11:22

Y aurait-il une syllogomanie virtuelle?

L'impossibilité de trier le contenu de son ordinateur?La manie de tout garder informatiquement?
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