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 Philippe Pozzo di Borgo

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MessageSujet: Philippe Pozzo di Borgo   11.11.11 23:48


Philippe Pozzo di Borgo



En 1993, un accident rend Philippe Pozzo di Borgo tétraplégique. Trois ans plus tard, le décès de sa femme, Béatrice, le plonge un peu plus dans l'abîme. Il raconte aujourd'hui son cheminement spirituel. Rencontre.



Philippe Pozzo : lire son combat pour rester debout ! Philippe Pozzo : lire son combat pour rester debout !



Allongé sur son lit, Philippe décrit avec pétulance ce qui fait de lui quelqu'un d'autre : un handicapé, "un tétra", comme il aime à s'appeler avec dérision. Un corps dont il apprend à faire le deuil. D'une famille aisée, cet " enfant gâté " aux yeux pétillants ne se prend pas (ou plus) au sérieux. Une grimace pour se détendre. On parle de Dieu ?

De son éducation catholique, Philippe se souvient de sa grand-mère protestante, convertie au catholicisme. Et qui devient une fervente pratiquante. Dès 16 ans, le jeune homme ne veut rien entendre de la religion. Et pour cause, il se fascine pour Marx qu'il connaît "de l'endroit à l'envers". Il refuse d'aller à l'Eglise. Et quand son père l'y oblige lorsqu'ils habitent au Portugal, il emmène son sacro-saint livre rouge. Un souvenir dont il n'oubliera pas l'issue "une taloche" !

Passé l'adolescence, "le Pozzo" rencontre sa future épouse, Béatrice. Lui, le rationaliste, croit que l'homme est à l'origine de tout. Elle, protestante, se laisse porter par le mystère. Pour Philippe, il est difficile d'accepter ce mystère et de surcroît de le communiquer. Comment parler de manière "intelligible" de ce mot alors qu'il signifie "muet". Lui voulait des mots.

Après la perte de leur premier enfant (à 7 mois et demi de grossesse), Béatrice apprend sa maladie, un cancer. Le couple ne désarme pas. Philippe l'accompagne à l'Eglise ou au Temple, "parce qu'il l'aime". Là, il découvre une atmosphère, un ailleurs qui le touche. Mais ces rendez-vous ne le satisfont pas : "je ne comprends toujours pas à qui elle prie et pourquoi".

Le sourire aux lèvres, il reconnaît que "le côté génétique de sa foi l'exaspère". Il la trouve trop conventionnelle, trop attachée à son éducation. Il comprendra bien plus tard qu'elle avait choisi sa foi.

Malgré "cet achoppement" conjugal, Philippe et Béatrice parcourent le monde. Se posent pour accueillir Laetitia, puis Robert-Jean. Les Pozzo ont fondé leur famille. Dans un monde où l'argent est roi, Philippe " domine "[il est directeur délégué des champagnes Pommery (LVMH)]. Il dépasse ses limites en pratiquant le parapente. Un sport qui lui donne "une soif d'absolu". Jusqu'au jour de "cet accident stupide".

Dans ce corps qui ne bouge pas, il découvre le silence et la souffrance. "C'est la première fois que je n'étais plus dans le mouvement du monde". Rien ne vient le détourner, pas de désir sexuel pour le polluer. Toutes ses envies disparaissent. A force de regarder "le plafond blanc, pendant un an et demi", il revient sur lui-même. Il entend "une voix intérieure, dont il ne cherche pas l'explication", juste l'écho. Dégagé de toutes contingences, Philippe se sent "mystérieux". La vie est en lui.

De sa tétraplégie, il avoue ses souffrances. Lui qui ignorait ce mot, cet état. Alors pour survivre, il oublie son corps et il prie. Allongé aux côtés de sa femme couchée, mourante, il peut enfin partager son silence et sa prière. "Elle mettait les mots pour moi". Il prend conscience du caractère sacré de l'autre. Cette expérience spirituelle durera six mois.

Béatrice et Philippe sont soutenus par un groupe de prière. Simple, chaleureux, il devient vite une communauté d'amis. Il apprend à accepter ce corps, cette position dévalorisante. Après la mort de son épouse, une douzaine d'amis poursuivront ces "réunions", entourés alternativement par trois prêtres. Philippe apprendra que "l'on s'engage dans tous les actes".

Depuis six ans, une fois par mois, ils sont une dizaine à se retrouver autour d'un texte de la Bible. Chacun vient y déposer ses armes. Philippe apprend à connaître Dieu, chemine discrètement dans les méandres des Ecritures saintes.

Depuis deux mois, un traitement lui permet de moins souffrir. Et il va mieux. Son sourire l'atteste. A cinquante et un an , il se sent "plus tranquille devant la vie". La mort ne l'inquiète pas, il en a déjà eu le goût. Régulièrement, il se nourrit des écritures et découvre "un Jésus révolutionnaire dans sa critique social". Et à regarder de près, "c'est le premier à nous dire de nous aimer."

Près de ses enfants, Philippe a le sentiment d'être "ressuscité des vivants parmi les vivants", un peu comme Lazare (lire). Et c'est grâce à Béatrice qu'il est aujourd'hui de retour dans l'humanité. Elle l'a aidée à sa "résurrection spirituelle." Alors c'est par son intercession, qu'il prie Dieu. Proche d'elle, près de Lui.

Et son avenir, Philippe le voit en grand : disponible pour les autres, poursuivre sa quête des écritures et retrouver un jour sa bien-aimée. Pour l'heure, il attend patiemment le beau temps pour voler à nouveau... en parapente.



Orlane Dupont

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