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 Père Pierre-Marie Delfieux

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MessageSujet: Père Pierre-Marie Delfieux   marie - Père Pierre-Marie Delfieux Icon_minitime23.02.13 12:03

• 4/12/1934 : naissance à Campuac (Aveyron) de Pierre Delfieux
• 1952 : entrée au Grand Séminaire de Rodez
• études de théologie à l’Institut Catholique de Toulouse, puis de philosophie et sciences sociales en Sorbonne
• 29/6/1961 : ordination presbytérale à la cathédrale de Rodez
• 1961-1965 : vicaire à la cathédrale de Rodez
• 1965-1972 : aumônier d’étudiants à Paris, dans l’équipe dirigée par le P. Lustiger




• 1972-1974 : ermite à l’Assekrem, dans le Hoggar
• 1/11/1975 : fondation à Saint-Gervais (Paris, 4e) d’une fraternité de moines dans la ville
• 8/12/1976 : fondation à Saint-Gervais de la première fraternité de moniales
• 1978 : les Fraternités reçoivent le nom de «Jérusalem»
• 1979 : publication du tracé spirituel des Fraternités : «Livre de Vie de Jérusalem»

de 1993 à 2010 : fondations des Fraternités monastiques de Jérusalem à
Vézelay (1993), Strasbourg (1995), Florence (1998), au Mont-Saint-Michel
et à Bruxelles (2001), à Montréal (2004), Rome (à la Trinité-des-Monts,
2006), Cologne (2009) et Varsovie (2010)
• 1996 : approbation par
le Cardinal Lustiger des Constitutions des Fraternités Monastiques de
Jérusalem qui sont érigées en Institut de Vie consacrée ; élection de
frère Pierre-Marie comme prieur général
• 2011 : au terme des deux
mandats de frère Pierre-Marie, élection d’un nouveau prieur général des
Fraternités des frères, fr. Jean-Christophe Calmon (sr Violaine étant
prieure générale des Fraternités des sœurs)

Pierre Delfieux naît
le 4 décembre 1934, à Campuac (Aveyron), dans une famille chrétienne de
six enfants dont il est le troisième. La maison familiale se trouve sur
la place du village, en face de l’église où il fait sa première
communion à 6 ans. À partir de ce jour, dit-il, il s’est nourri chaque
jour de l’Eucharistie. Chaque matin, il va servir la messe avant d’aller
à l’école communale. Il s’y montre bon élève puisqu’un jour le maître
lui remet, en guise de prix, un livre racontant « la vie d’un officier
qui est devenu curé ». Le jeune Pierre est fasciné par le visage de
l’homme, sur la couverture, et le cœur rouge brodé sur sa poitrine.
C’est le début d’une longue amitié avec Charles de Foucauld.

À
son entrée en 6e, à 11 ans, il part comme interne au Collège de
l’Immaculée Conception, à Espalion, où il a comme condisciple Georges
Soubrier, le futur évêque de Nantes. Il y est assidu aux études, mais
aussi au football. L’année de sa terminale, une retraite dans un centre
marial s’avère décisive : il prend conscience de l’amour dont il est
aimé, et choisit de répondre à l’appel qu’il a entendu lors de sa
première communion.

Après son baccalauréat, il entre au Grand
Séminaire de Rodez. Il est envoyé pour finir sa théologie à l’Institut
Catholique de Toulouse, puis pour des études de philosophie et de
sciences sociales, à Paris, à la Sorbonne. Après deux ans de service
militaire, qu’il effectue dans la coopération à Madagascar, où il est
enseignant dans un collège de jésuites, il est ordonné prêtre dans la
cathédrale de Rodez, le 29 juin 1961. Il reste quelques années à Rodez
comme vicaire de la cathédrale.

En 1965, il intègre, à la demande
du futur Cardinal Lustiger qui la dirige, l’équipe d’aumôniers
d’étudiants du Centre Richelieu, pépinière de futurs évêques, où il
côtoie Jacques Perrier, Francis Deniau, Guy Gaucher… Il est plus
spécialement chargé des étudiants en langues qui ont, à l’époque, leurs
cours au Grand-Palais. La vie de l’aumônerie est intense et les
initiatives nombreuses. Mgr Gaucher se souvient d’un week-end
d’étudiants, organisé par le P. Delfieux pour les anglicistes, qui, avec
600 étudiants, battit tous les records de participation !

Des
pèlerinages sont organisés, à Chartres bien sûr, mais aussi en Italie,
Espagne, Terre Sainte… Le P. Delfieux y découvre l’importance que peut
avoir pour la vie de foi, un pèlerinage sur les pas de Jésus ; très
attaché à cette terre, il continuera d’y guider régulièrement des
pèlerinages pour les frères et sœurs de Jérusalem et les laïcs proches
des Fraternités, le dernier en avril 2012, alors qu’il est déjà malade.
En ces années soixante, il découvre aussi le désert et devient, au
Centre Richelieu, le spécialiste des méharées au Sahara, vers
Tamanrasset et les lieux habités par le P. de Foucauld.

Aussi
quand, au bout de sept ans de cet apostolat, marqué par les
bouleversements introduits par Mai 68, lui est proposé de prendre une
année sabbatique, il ne résiste pas à l’appel du désert et part d’abord à
Béni-Abbès, dans la communauté des Petits frères de Jésus, puis à
l’Assekrem, dans le massif du Hoggar. Sur ce plateau rocailleux, à plus
de 2.000 m d’altitude, frère Charles s’était fait construire un ermitage
où il a lui-même peu séjourné mais où habite toujours un Petit frère.
Le P. Delfieux se construit de ses mains, à l’autre bout du plateau, un
autre ermitage, auquel il donne le nom de Bethléem ; il va y passer une
année, puis une seconde, avec la seule compagnie du frère Jean-Marie le
dimanche, des pierres et des étoiles le reste du temps. Avec, dit-il, ce
qui suffit : la Bible et le Saint-Sacrement.

Mais touristes et
pèlerins viennent parfois jusqu’à l’Assekrem apporter les bruits du
monde. Un jour, c’est un prêtre ami à qui le P. Delfieux pense avoir
remonté le moral, mais qui quitte peu après le sacerdoce. Un autre jour,
c’est fr. Jean-Marie qui lui montre une coupure de journal : le
Cardinal Marty y fait part de son souhait de voir naître à Paris des
« moines de l’an 2000 ». Peu à peu s’organisent en lui ce qui n’était
encore que des aspirations : mener une vie fraternelle, dans le partage
de la liturgie, pour l’annonce de l’Évangile ; et une conviction
s’impose : le vrai désert aujourd’hui se trouve dans les villes, c’est
là qu’il faut aller creuser des oasis de prière. Sa décision est prise :
en juin 1974, il quitte l’Assekrem et va confier au Cardinal Marty,
rouergat d’origine comme lui et, à ce moment-là, archevêque de Paris,
son désir : devenir moine dans la ville.

Ce désir rencontrant
l’intuition du Cardinal, la fondation peut naître. Une église lui est
confiée dans le centre de Paris, pour y établir la future fraternité :
ce sera Saint-Gervais, proche de l’Hôtel de Ville et du quartier des
Halles en pleine rénovation. Pendant une année, le P. Delfieux précise
son projet et rassemble ses premiers compagnons. D’emblée l’essentiel
est posé : une vie fidèle aux grandes exigences monastiques et
professant les trois vœux de chasteté, pauvreté et obéissance ; mais
adaptée en sa forme concrète, aux réalités de l’Église post-conciliaire
et du monde contemporain. L’accent est mis sur la prière personnelle et
communautaire, avec d’amples liturgies chantées dans une église ouverte à
tous. La vie fraternelle est fondamentale, mais elle se vit en ville,
dans des appartements ou des maisons loués, sans que la Fraternité
puisse acquérir de propriétés. Le travail, nécessaire pour gagner son
pain, se veut aussi solidaire des contraintes vécues par les citadins :
il se vit, de préférence, à mi-temps, comme salarié. Les frères veulent
ainsi se situer en solidarité avec les citadins qui les entourent, mais
aussi en contestation, pour affirmer le primat de l’amour et de la
prière.

La première liturgie est chantée par une douzaine de
frères, dans l’église Saint-Gervais, le 1er novembre 1975, fête de
Toussaint. La feuille expliquant le projet justifie le choix de cette
date : « Notre aventure sera celle de la sainteté, ou elle ne sera
pas ». Dès lors, la vie du P. Delfieux, devenu frère Pierre-Marie, se
confond avec celle de la Fraternité qu’il guide et anime inlassablement.

Une
fraternité de moniales naît à son tour, le 8 décembre 1976. Même si
frères et sœurs chantent ensemble toutes les liturgies, dès le départ
les logements et les gouvernements des deux Fraternités sont bien
distincts. Les vocations affluent, pas toujours bien mûries en ces
premiers temps où le projet commence juste à se préciser et à
s’approfondir. Une étape décisive est franchie en 1978-1979 où les
Fraternités reçoivent le nom de « Jérusalem », la ville sainte de
l’Écriture qui est aussi la ville où le Christ est mort et ressuscité,
où sont nées les premières communautés chrétiennes et la ville qui sera,
selon l’Apocalypse, notre demeure d’éternité. Frère Pierre-Marie met
alors par écrit le tracé spirituel des Fraternités, fondé sur sa
méditation de la Bible et sur l’expérience déjà accumulée. Sous le titre
« Livre de Vie de Jérusalem », il est publié aux Éditions du Cerf (6e
édition, 2000)et rapidement traduit en plus de vingt langues.

Après
le temps des découvertes et des tâtonnements – dont une première
fondation à Marseille, en 1979, à la demande du Cardinal Etchegaray, qui
ne peut tenir –, vient à partir des années 90, le temps des fondations,
alors que les Fraternités comptent déjà une centaine de frères et
sœurs. Les fondations sont toujours faites à la demande de l’évêque du
diocèse dont les Fraternités veulent dépendre, selon l’ecclésiologie née
de Vatican II. Ce sont toujours une Fraternité de frères et une
Fraternité de sœurs qui sont envoyées en même temps : en 1993, à
Vézelay, « ville en itinérance » où passent des dizaines de milliers de
visiteurs et pèlerins ; puis à Strasbourg, en 1995 ; à Florence,
première fondation hors de France, en 1998. Les premières années du XXIe
siècle voient ce rythme s’accélérer : en 2001 naissent les Fraternités
du Mont-Saint-Michel et de Bruxelles ; en 2004, la première Fraternité
outre-Atlantique est établie à Montréal : en 2006, les Fraternités sont
appelées sur le domaine de la Trinité-des-Monts, à Rome ; enfin en 2009,
à Cologne et en 2010, à Varsovie. Cette internationalisation, qui
n’avait pas été prévue au départ, s’explique par le fait que les presque
200 frères et sœurs, que comptent actuellement les Fraternités, sont
originaires d’une vingtaine de pays différents.

Frère
Pierre-Marie impulse et suit de près ces diverses fondations. Il est
très attentif en particulier à l’aménagement des églises où vont se
dérouler les liturgies et au cadre qu’il désire sobre, mais toujours
empreint de beauté. Il travaille ainsi beaucoup à l’embellissement de
Saint-Gervais et est à l’origine du programme de création de vitraux qui
se poursuit depuis une vingtaine d’années. L’église confiée aux
Fraternités à Varsovie n’ayant jamais servi au culte, il conçoit et
supervise son aménagement, du pavage à l’éclairage, en passant par le
mobilier.

Un autre édifice, juridique celui-là, retient aussi son
attention. L’Église a soutenu dès le départ la fondation en confiant
aux Fraternités l’église Saint-Gervais et en les appelant en d’autres
lieux. Au terme d’un long processus de rédaction et d’approbation par
les Congrégations de la Vie consacrée et de la Doctrine de la Foi, les
Constitutions des Fraternités monastiques de Jérusalem sont
définitivement approuvées par le Cardinal Jean-Marie Lustiger, le 31 mai
1996. Les Fraternités sont érigées en Instituts (l’Institut des Frères
de Jérusalem et l’Institut des Sœurs de Jérusalem) de Vie consacrée
d’inspiration monastique. Aux élections qui suivent cette reconnaissance
canonique, frère Pierre-Marie est élu prieur général ; il est réélu
pour un second mandat en 2003.

Il poursuit une activité intense :
prédication plusieurs fois par semaine et permanences au bureau
d’accueil de l’église, lorsqu’il est à Paris ; visite aux diverses
Fraternités, de plus en plus éparpillées dans le monde ; conférences à
l’extérieur, et enseignements à l’intérieur, pour les frères et sœurs,
mais aussi pour les nombreux groupes de laïcs qui se rassemblent autour
d’eux… Il dirige « Sources Vives », la revue des Fraternités, où il
rédige de nombreux articles. Il publie plusieurs recueils d’homélies
rassemblées sous le titre d’ «Évangéliques» et un essai synthétisant
l’expérience des Fraternités : « Moine dans la ville » (Bayard, 2003).

À
la fin de son second mandat, conformément aux Constitutions, un nouveau
prieur général des Frères de Jérusalem est élu : frère Jean-Christophe
Calmon (sœur Violaine étant élue en 2010 prieure générale des Sœurs de
Jérusalem). Bien que malade depuis la fin de 2011, frère Pierre-Marie a
continué à soutenir et encourager les différentes Fraternités, en les
visitant, à prêcher et à enseigner. Il est décédé dans la maison de
Magdala, en Sologne, où il s’était retiré, le 21 février 2013.
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MessageSujet: Re: Père Pierre-Marie Delfieux   marie - Père Pierre-Marie Delfieux Icon_minitime08.07.13 0:06

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MessageSujet: Re: Père Pierre-Marie Delfieux   marie - Père Pierre-Marie Delfieux Icon_minitime29.03.22 16:45

"Liturgies sous Prozac" livre de Anne-Charlotte de Maistre

RÉSUMÉ
Au moment où l'Église de France traverse une de ses plus grave crise, Anne-Charlotte de Maistre livre un témoignage de l'intérieur sur les rapports d'autorité dans une communauté religieuse. Dans ce monde clos voué à la prière et en dépit de cette vocation céleste, les dysfonctionnements bien terrestres des organisations sont exacerbés : abus de pouvoir, infantilisation, incompréhension des signaux d'alerte... Ni la beauté de la liturgie, ni même les antidépresseurs ne parviennent à masquer de profonds sentiments de solitude et de souffrance intérieure. Un récit de première main sur ce que les personnes réelles, d'âme, de chair et de sang, espèrent et vivent derrière les murs épais qui, jusqu'à récemment, protégeaient le silence et les secrets. Postface de Laurent Lemoine. AUTEUR Anne-Charlotte de Maistre a passé neuf ans au sein des Fraternités monastiques de Jérusalem. Elle travaille actuellement dans le domaine médico-social. l'Ehpad Marie-Thérèse, établissement pour les prêtres âgés à Paris dans le IVe arrondissement.
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MessageSujet: Re: Père Pierre-Marie Delfieux   marie - Père Pierre-Marie Delfieux Icon_minitime29.03.22 16:56

Je viens de tomber sur ce bouquin qui m'interpelle. Tout est mélangé comme d'habitude et je mélange tout comme d'habitude. J'ai remarqué que les vocations ratées trouvent leur issue de secours dans les soins palliatifs ! Cohérent seulement en apparence ?
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MessageSujet: Re: Père Pierre-Marie Delfieux   marie - Père Pierre-Marie Delfieux Icon_minitime29.03.22 17:13

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Enquête : les Fraternités de Jérusalem affrontent leur histoire, marquée par les abus spirituels
À la suite d'un témoignage accusant d’abus leur fondateur, les Fraternités monastiques de Jérusalem ont lancé une cellule d’écoute en décembre 2019. Depuis, d’anciens frères et sœurs décrivent un « système » mis en place par le fondateur et qui aurait perduré, menant à des dérives toujours à l’œuvre. La Vie a enquêté et les a rencontrés.
Par Sophie Lebrun
Publié le 03/12/2020 à 14h45 I Mis à jour le 04/12/2020 à 16h08
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164260Les Sœurs de Jérusalem durant un office à l'église Saint-Gervais-Saint-Protais, à Paris.  • STÉPHANE OUZOUNOFF/CIRIC
Dans la vaste église Saint-Gervais-Saint-Protais, nichée au cœur de Paris près des bords de Seine, des femmes en habit monastique bleu ciel couvert d’une large cape blanche et des hommes en aube immaculée s’installent pour l’office. À 12 h 30, leurs voix cristallines s’élèvent vers les somptueux vitraux, en partie du XVIe siècle, devant une petite assemblée et sous l’œil de caméras qui transmettent l’office en direct sur la chaîne KTO. Les Fraternités de Jérusalem incarnent, depuis 1975, un visage singulier de la vie consacrée : ancrées dans un rythme monastique, elles sont dévouées à l’évangélisation au cœur des villes.

À la veille de leurs 45 ans, les deux instituts (un pour les hommes, un pour les femmes, regroupés sous l’appellation de « Fraternités monastiques ») fondés par le père Pierre-Marie Delfieux (1934-2013) comptent une cinquantaine de frères et deux fois plus de sœurs. Ils sont présents, outre leur célèbre implantation parisienne, dans plusieurs lieux emblématiques de l’Église de France – les sanctuaires de Vézelay et du Mont-Saint-Michel, l’église Saint-Jean à Strasbourg, la cathédrale de Tarbes – ainsi qu’en Allemagne, au Canada, en Italie et en Pologne. Mais cet anniversaire a un arrière-goût amer pour les Fraternités, contraintes de se tourner vers la face cachée de leur passé.

Le livre qui met le feu aux poudres
En décembre 2019, une femme membre du groupe des premières heures, a publié un livre pour raconter sa relation avec « frère Pierre-Marie », révélant avoir été victime d’abus de sa part. Insistance pour qu’elle prenne l’habit religieux, rendez-vous discrets pour l’embrasser et lui caresser le corps en lui susurrant qu'il accomplissait ainsi « l’union du Christ et de l’Église »… Dans Quand l’Église détruit (l’Harmattan), Anne Mardon détaille l’emprise de l’homme charismatique et la descente aux enfers qu’elle a endurés des décennies durant après s’être enfuie de Saint-Gervais. Poussée par la libération de la parole sur les abus dans l’Église et la société, celle qui est aujourd’hui une frêle sexagénaire attend « que l’on fasse la lumière sur Pierre-Marie, sur son fonctionnement, sur ce qu’il a engendré car il faut comprendre combien de vies ont été cassées ensuite ».

Anne Mardon en 1983, en Sologne, un an après sa prise d'habit.• COLL.PERSO
Aux lendemains de cette publication, les prieurs généraux actuels, Jean-Christophe Calmon et sœur Rosalba Bulzaga, ont annoncé l’ouverture d’une cellule d’écoute. Signe d’une prise de conscience dans les milieux catholiques, cette réponse contraste avec l’attitude d’autres communautés qui, ces 20 dernières années, ont mis bien longtemps pour créer un espace de parole et reconnaître l’existence des victimes. À la direction de l’institut, on assure n’avoir jamais reçu de plainte jusque-là contre le fondateur. Mais aussi que les défauts de construction des Fraternités à l’époque de Delfieux sont identifiés depuis longtemps. Dès 2011, moment du départ du gouvernement de frère Pierre-Marie, un travail de longue haleine pour les corriger aurait commencé, en transformant la gouvernance et la formation pour passer d’une période de fondation à une étape de consolidation, le tout ponctué par des remises en cause régulières, collectives. Aujourd’hui, l’intention affichée est d’aller plus loin : « Se mettre à l’écoute entièrement de ceux et celles qui ont été mis de côté, abîmés par notre mouvement », répète frère Jean-Christophe à La Vie, un an après son premier appel dans nos colonnes.

Comme des « coups de poignard »
Et « ceux qui ont été abîmés » sont en fait nombreux… Pour beaucoup d’anciens frères et sœurs de Jérusalem, le livre d’Anne Mardon a ravivé une douloureuse mémoire. Ils ont été surpris de trouver dans l’analyse de la relation abusive de Pierre-Marie Delfieux avec elle une réalité qu’ils ont bien connue : une place démesurée de l’homme et, au-delà, dans tout l’institut, un accompagnement au discernement défaillant, une vision déviante de l’autorité, un dévoiement de l’obéissance et une déshumanisation de ceux et celles qui ne « cadrent » pas… Certains prennent aujourd’hui publiquement la parole pour la première fois afin d’exposer ce dont ils ont souffert. Tous ont souhaité garder l’anonymat, arguant qu’ils ont reconstruit leur vie ou sont en train de le faire, et qu’ils continuent à œuvrer dans l’Église catholique. Surtout, « il ne faut pas brosser un portrait tout en noir, il y a encore de belles personnes dans les Fraternités, un charisme intéressant, une intuition importante », soulignent-ils.

La Vie a rencontré plus d’une dizaine d’anciens membres, la plupart ayant spontanément joint la rédaction après l’appel des prieurs généraux en décembre 2019. Pudiquement, ils ont décrit leur cheminement spirituel, intime, et ce qu’ils ont vécu comme des « coups de poignard » de la part de leur « famille religieuse ». Aux Fraternités, le prieur Jean-Christophe, des membres de son conseil général (l’instance de gouvernement de la communauté) ainsi que des frères ont répondu à toutes nos sollicitations ; pour la branche féminine, la porte-parole sœur Marie-Laure nous a reçu, mandatée par la prieure générale qui, après quelques réponses rapides par e-mail, n’a pas pu se libérer durant ces 12 mois d’enquête, certes marqués par le confinement ; et enfin, une douzaine de proches des Fraternités, observateurs de la vie religieuse et membres de la hiérarchie catholique nous ont longuement rencontrés. L’enquête ainsi menée met au jour un système qui, dès sa naissance, était bien porteur de déviances dont beaucoup ont été combattues en certains lieux, voire corrigées. Pourtant, elle dévoile aussi des dérives qui persistent encore.

Pierre-Marie Delfieux, le « fonceur »
À l’unanimité, qu’on l’ait seulement croisé ou longuement côtoyé, Pierre-Marie Delfieux est décrit
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MessageSujet: Re: Père Pierre-Marie Delfieux   marie - Père Pierre-Marie Delfieux Icon_minitime29.03.22 17:21

"Quand l'Eglise détruit" Anne Mardon

"Ce témoignage est celui d'une femme qui, ayant rencontré Dieu à vingt ans, s' est trouvée prise dans un combat contre une institution ecclésiale qui l'entraînait sur des chemins qu'elle ne voulait pas emprunter. Après un baptême rondement mené et une relation intime avec un religieux, la vie au sein des Fraternités monastiques de Jérusalem va s' apparenter à une descente aux enfers. De conduites douteuses en comportements pervers, de propositions d 'arrangements en rendez-vous manqués, les figures et responsables de l' Eglise ne seront pas à la hauteur des enjeux. Le retour à la vie civile sera lui aussi une rude épreuve, mais permettra la reconquête d' une liberté jamais perdue de vue."
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